{"id":2552,"date":"2019-08-12T09:59:09","date_gmt":"2019-08-12T14:59:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.shcote-nord.org\/wp\/?page_id=2552"},"modified":"2019-09-12T11:55:31","modified_gmt":"2019-09-12T16:55:31","slug":"vers-les-cotes-de-la-seigneurie-de-mingan","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.shcote-nord.org\/wp\/?page_id=2552","title":{"rendered":"Vers les c\u00f4tes de la Seigneurie de Mingan"},"content":{"rendered":"\n<table class=\"wp-block-table\"><tbody><tr><td>Vers les c\u00f4tes de la Seigneurie de Mingan<\/td><td><\/td><\/tr><\/tbody><\/table>\n\n\n\n<table class=\"wp-block-table\"><tbody><tr><td><strong>Par: Frederic Irland&nbsp;&nbsp; |&nbsp;&nbsp; Scribner&rsquo;s Magazine, 1897<\/strong><\/td><\/tr><\/tbody><\/table>\n\n\n\n<table class=\"wp-block-table\"><tbody><tr><\/tr><\/tbody><\/table>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> Dans quelque sordide cit\u00e9 am\u00e9ricaine que vous soyez, la parfaite journ\u00e9e d\u2019\u00e9t\u00e9 n\u2019est jamais bien loin.\u00a0 Quand les rues et les murs de New-York sont br\u00fblants sous le soleil du mois d\u2019ao\u00fbt, on trouve facilement dans le Golfe St-Laurent, le mois de mai qui s\u2019\u00e9tire jusqu\u2019au d\u00e9but de\u00a0 l\u2019automne dans ces parages.\u00a0 Durant la pire p\u00e9riode de chaleur de 1896, quand des centaines de personnes mouraient d\u2019insolation aux \u00c9tats-Unis, le gar\u00e7on et moi, v\u00eatus de \u00abulsters\u00bb et de mitaines, foulions gaiement le pont d\u2019une go\u00e9lette du Golfe tandis que ses marins du Saguenay la guidaient dans des vents contraires venant directement des innombrables lacs du Labrador et des solitudes primitives des Laurentides.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Le vaste pays au nord du Golfe St-Laurent, aux yeux de l\u2019explorateur non mercantile, est la r\u00e9gion la plus int\u00e9ressante de ce continent, sinon du monde entier. Depuis presque quatre si\u00e8cles, les voyageurs l\u2019ont fr\u00f4l\u00e9, mais sauf pour la bande c\u00f4ti\u00e8re, l\u2019arri\u00e8re-pays a peu \u00e9t\u00e9 foul\u00e9.\u00a0\u00a0 Les rivi\u00e8res innombrables qui aboutissent \u00e0 la mer par chaque \u00e9chancrure du rivage, t\u00e9moignent que l\u2019arri\u00e8re-pays n\u2019est qu\u2019un vaste r\u00e9seau de lacs et de cours d\u2019eau.\u00a0 Demandez au Commissaire des Terres de la Couronne de la Province de Qu\u00e9bec ce qu\u2019il conna\u00eet de cette r\u00e9gion et il vous r\u00e9pondra qu\u2019il s\u2019agit de la moins connue des r\u00e9gions de l\u2019Am\u00e9rique du Nord.\u00a0 Il vous dira aussi que seul quelques-uns de lacs ont \u00e9t\u00e9 arpent\u00e9s; que deux \u00e9quipes d\u2019exploration ont r\u00e9cemment travers\u00e9 la p\u00e9ninsule. Il ajoutera qu\u2019un poign\u00e9e de cabanes de p\u00eacheurs bordent le rivage du Golfe et que pour le reste, les nomades Montagnais sont les seuls touristes qui traversent ce territoire d\u2019un demi-million de milles carr\u00e9s.\u00a0\u00a0 Des bateaux-vapeur sillonnent le Saguenay et le Lac St-Jean est accessible par chemin de fer. Mais, la partie nord-est de cet immense pays est la source de rivi\u00e8res plus grandes que la Hudson, qu\u2019aucun homme blanc n\u2019a encore vue. Combien d\u2019Am\u00e9ricains, si on leur demandait de nommer les plus\u00a0 belles rivi\u00e8res du continent pourraient mentionner les noms de Bersimis, Outardes, Manicouagan, Misticapin, la Moisie, Mingan, Romaine, la Natashquan, Olomamosheebo, Mecatina, Esquimaux? Seuls quelques p\u00eacheurs de saumon, sportifs infatigables, pourraient les reconna\u00eetre. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">C\u2019 \u00e9tait dans le but de visiter cette c\u00f4te n\u00e9glig\u00e9e que le gar\u00e7on et moi part\u00eemes de Qu\u00e9bec l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, pour nous rendre \u00e0 Tadoussac par un steamer aussi confortable que n\u2019importe quel h\u00f4tel flottant de la Sonde et de l\u00e0, aller \u00e0 l\u2019aventure par les moyens disponibles sur les lieux.\u00a0\u00a0 Nous partions pour une voyage de plaisir et aussi pour tenter notre chance dans les magnifiques rivi\u00e8res \u00e0 saumons de ce pays.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Avant de quitter Qu\u00e9bec, nous avions obtenu du Bureau des Terres de la Couronne un permis de \u00abp\u00eacher dans les rivi\u00e8res qui n\u2019\u00e9taient pas sous bail ou dans lesquelles les droits de p\u00eache sont d\u00e9tenus par la Province, sur la C\u00f4te Nord du Golfe St-Laurent dans les limites comprises entre de Pointe-des-Monts jusqu\u2019\u00e0 Blanc-Sablon.\u00bb\u00a0 Le permis \u00e9tait valide pour deux mois.\u00a0 Le Sous-Commissaire ajouta\u00a0: \u00abSi vous p\u00eachez dans toutes ces rivi\u00e8res vous ne serez pas de retour ici cette ann\u00e9e ni l\u2019ann\u00e9e prochaine.\u00bb\u00a0 Nous f\u00fbmes \u00e0 m\u00eame de constater qu\u2019il disait la v\u00e9rit\u00e9 puisque de toutes ces rivi\u00e8res, une faible partie seulement \u00e9tait sous bail en 1896 et l\u2019on trouve une rivi\u00e8re environ \u00e0 tous les dix milles.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Tadoussac en soir\u00e9e et \u00e0 mer basse.\u00a0 Au fond de la petite baie deux ou trois lumi\u00e8res de go\u00e9lettes clignotaient et se balan\u00e7aient paresseusement au gr\u00e9 de la houle l\u00e9g\u00e8re.\u00a0 Tadoussac existe depuis presque trois si\u00e8cles et d\u00e9j\u00e0 une vingtaine de maisons y sont \u00e9rig\u00e9es.\u00a0 Les montagnes la prot\u00e8gent vers le nord, et le Saguenay de six cents pieds de profondeur vers l\u2019ouest\u00a0\u00a0 d\u00e9verse ses eaux \u00e0 ses pieds.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Le propri\u00e9taire d\u2019une des go\u00e9lettes \u00e9tait de retour d\u2019une livraison de bois de Ste-Anne des Monts \u00e0 Qu\u00e9bec, et la saison \u00e9tant plut\u00f4t tranquille, nous avons pu le louer avec tout l\u2019\u00e9quipage pour la somme de $180 par mois.\u00a0 Un des marins, Robitois \u00e0 $8 par mois, descendit \u00e0 terre afin de retarder son mariage propos\u00e9 qui ne pourrait avoir lieu avant son retour.\u00a0 De plus nous devions attendre la mar\u00e9e propice et nous avons couch\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, le dernier ce c\u00f4t\u00e9-ci du P\u00f4le Nord, le long de la C\u00f4te.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Les six courtes heures d\u2019\u00e9t\u00e9 furent vite \u00e9coul\u00e9es et profitant de la mar\u00e9e, nous m\u00eemes le cap sur Rivi\u00e8re-du-Loup, sur la C\u00f4te-Sud o\u00f9 notre guide Henry Braithwaite et quelques Indiens Mal\u00e9cites nous attendaient avec des provisions et des canots d\u2019\u00e9corce.\u00a0 Durant la travers\u00e9e du fleuve St-Laurent, assez large \u00e0 cet endroit, nous f\u00fbmes pris dans une temp\u00eate qui nous fit balancer dans tous les sens, le pont devenant parfois pratiquement le plafond.\u00a0 Nous avons fait le trajet de 24 milles en deux heures tandis que les marsouins nous tenaient compagnie tout autour.\u00a0Si vous voulez aller au ciel avant de mourir, visitez la C\u00f4te-Nord du Qu\u00e9bec, accompagn\u00e9 d\u2019un bon guide.\u00a0 Le fid\u00e8le Braithwaite avait planifi\u00e9 le voyage pendant des semaines.\u00a0 Nous avions projet\u00e9 ce voyage l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, pendant que nous cherchions l\u2019orignal furtif dans la r\u00e9gion de Miramichi, et quand nous avons accost\u00e9 \u00e0 Rivi\u00e8re-du-Loup, tout \u00e9tait pr\u00eat.\u00a0 Les canots, les paquets de provisions,\u00a0 les Indiens furent sit\u00f4t embarqu\u00e9s et ce fut le d\u00e9part sur ce grand fleuve dont les flots et le bon vent nous emport\u00e8rent toujours plus loin vers le nord et l\u2019est de ce pays.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Les langues en usage sur notre go\u00e9lette \u00e9taient multiples. Il y avait les marins canadiens qui ne parlaient pas un mot d\u2019Anglais; il y avait l\u2019Indien Baptiste qui parlait fran\u00e7ais et mal\u00e9cite, Francis de Old Town, Maine dont le mal\u00e9cite et l\u2019ab\u00e9naki \u00e9taient au-del\u00e0 de toute critique et dont l\u2019anglais h\u00e9sitant rappelait le discours de l\u2019honorable Thomas Brackett Reed. Donc, tout message quelque peu compliqu\u00e9 devait suivre la fili\u00e8re tortueuse via Francis et Baptiste jusqu\u2019au capitaine en fran\u00e7ais et de retour \u00e0 l\u2019interlocuteur primitif.\u00a0 Dieu seul sait comment le sens du message \u00e9tait respect\u00e9 pendant cette op\u00e9ration. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">La navigation \u00e0 voile ressemble \u00e0 une partie de poker. Certains jours, nous voguions all\u00e8grement et d\u2019autres jours, nous avions en vue un certain rep\u00e8re terrestre au coucher et au matin apr\u00e8s un combat incertain contre les vents et les mar\u00e9es, nous en \u00e9tions toujours au m\u00eame point.\u00a0 Un jour, une temp\u00eate du sud-ouest nous emporta au grand galop et le lendemain, les voiles pendaient mis\u00e9rablement tandis que nous \u00e9tions immobilis\u00e9s sur une mer grise et calme sans m\u00eame la moindre\u00a0 brise. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Ce qui est bien dans cette r\u00e9gion, c\u2019est que vous avez laiss\u00e9 en arri\u00e8re le train, d\u00e9voreur d\u2019espace et m\u00eame le bateau-vapeur.\u00a0 Les bateaux de ligne partant de Qu\u00e9bec, passent au sud de l\u2019Ile d\u2019Anticosti et seul le petit c\u00f4tier Otter passe aux deux semaines sur la C\u00f4te-Nord pour apporter le courrier, en juillet et ao\u00fbt, aux quelques centaines de p\u00eacheurs de morue, diss\u00e9min\u00e9s\u00a0 ici et l\u00e0.\u00a0 S\u2019il existait un train tel que l\u2019Empire State Express ou le Transcontinental du Canadien Pacifique, la distance entre Qu\u00e9bec et Blanc-Sablon pourrait \u00eatre parcourue en une seule journ\u00e9e.\u00a0 Mais ici, on est dans un pays o\u00f9 personne n\u2019est press\u00e9.\u00a0 Vous avez 100 milles \u00e0 parcourir; si le vent souffle, allons-y.\u00a0 Sinon, le vent soufflera s\u00fbrement demain ou plus tard.\u00a0 Ainsi, soyons heureux que tout aille bien.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Les vues nouvelles sont innombrables.\u00a0 Le bas St-Laurent fourmille de vie marine.\u00a0 Il y a des phoques dont la t\u00eate danse sur l\u2019eau mais qui disparaissent au moindre signe de danger; les marsouins toujours ronflants; souvent la silhouette malveillante de l\u2019\u00e9paulard dont la nageoire dorsale mesure quatre pieds et la t\u00eate aussi grosse qu\u2019un baril de vin.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> Plus bas encore, le son de la baleine est omnipr\u00e9sent.\u00a0 Une journ\u00e9e nous en avons compt\u00e9 vingt-sept.\u00a0 La nuit, notre sillage phosphorescent laisse une trace de feu et une fois, en entrant dans un banc de petits poissons, ils s\u2019\u00e9lan\u00e7aient de tous c\u00f4t\u00e9s tels des \u00e9toiles filantes sous-marines.\u00a0\u00a0 \u00c0 longueur de journ\u00e9e, les go\u00e9lands nous suivaient \u00e0 la limite de la port\u00e9e de nos fusils.\u00a0 Ceux qui l\u2019avaient sous-estim\u00e9e, ont fini sur le pont, pr\u00eats pour le taxidermiste.\u00a0 Mais la famille de rats sur la go\u00e9lette ne nous laissa que les plumes.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Pendant les journ\u00e9es de soleil, o\u00f9 tout allait bien, c\u2019\u00e9tait un plaisir de sortir les matelas de la cabine, les \u00e9tendre sur le rouf, s\u2019y coucher et ne rien faire que respirer.\u00a0 C\u2019\u00e9tait toujours une surprise de voir que le temps passait si vite entre les repas. Nous n\u2019avions pas de permis pour p\u00eacher dans les rivi\u00e8res \u00e0 l\u2019ouest\u00a0 de la Pointe-des-Monts.\u00a0 Pointe-des-Monts est l\u2019endroit o\u00f9 le fleuve s\u2019\u00e9largit pour devenir le Golfe St-Laurent.\u00a0 Il y a plusieurs bons cours d\u2019eau \u00e0 l\u2019ouest de la Pointe, mais ils sont \u00e0 moins de trois cents miles de Qu\u00e9bec et sont sous bail.\u00a0\u00a0 Les trois grandes rivi\u00e8res \u00e0 l\u2019ouest de Pointe-des-Monts sont la Bersimis, l\u2019Outardes et la Manicouagan.\u00a0 La Bersimis est profonde et le saumon n\u2019y saute pas \u00e0 la mouche.\u00a0 L\u2019Outardes est bloqu\u00e9e \u00e0 son entr\u00e9e par des chutes insurmontables par les poissons marins.\u00a0 \u00c0 la Manicouagan on trouve aussi des chutes \u00e0 son entr\u00e9e qui emp\u00eachent le saumon d\u2019y monter.\u00a0 Cependant on trouve ce magnifique poisson en amont au moment du frai.\u00a0\u00a0 On explique ce paradoxe d\u2019une dr\u00f4le de fa\u00e7on.\u00a0 \u00c0 quarante milles \u00e0 l\u2019ouest de la Manicouagan se trouve la Petite Godbout, l\u2019une des plus fameuses rivi\u00e8res au Canada.\u00a0 Elle se d\u00e9charge dans le Fleuve St-Laurent.\u00a0 Les Gilmour d\u2019Ottawa ont d\u00e9tenu les droits de p\u00eache pendant une g\u00e9n\u00e9ration.\u00a0\u00a0 Loin \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, cette rivi\u00e8re prend sa source dans un lac qui a deux sorties. L\u2019une tombe dans la Godbout et l\u2019autre dans un tributaire de la Manicouagan.\u00a0 Le saumon monte donc par la Godbout, traverse le lac et descend par l\u2019autre sortie jusque dans la Manicouagan o\u00f9 il va frayer sur les fonds pierreux. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Chacun de ces cours d\u2019eau a un d\u00e9bit suffisant pour irriguer n\u2019importe quel aride \u00c9tat de l\u2019ouest.\u00a0 Plusieurs lacs de grande \u00e9tendue longent la Manicouagan. La richesse aquatique de cet int\u00e9rieur impressionne le visiteur qui pour la premi\u00e8re fois voit se d\u00e9verser tant d\u2019eau \u00e0 chaque \u00e9chancrure dans le rivage du fleuve.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">\u00a0Entre Pointe-des-Monts et la baie de Sept-Iles il y a une centaine de miles de c\u00f4te que les go\u00e9lettes de Qu\u00e9bec fuient et craignent.\u00a0 Il ne s\u2019y trouve aucun havre convenable et chaque rocher rec\u00e8le une histoire de naufrage et de trag\u00e9die. Plusieurs grandes rivi\u00e8res y aboutissent, les plus grandes\u00a0 \u00e9tant; la Pentec\u00f4te ou Mistacapin, la Rivi\u00e8re-des-Rochers et la Marguerite.\u00a0 J\u2019ai parl\u00e9 \u00e0 l\u2019arpenteur qui a explor\u00e9 la Rivi\u00e8re-des-Rochers en 1895 et il m\u2019assure que la rivi\u00e8re est remplie de truites de grandes dimensions.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">\u00abDe vingt \u00e0 trente pouces de longueur\u00bb me dit-il et je n\u2019ai aucun raison d\u2019en douter.\u00a0 Mais dans un pays de saumon, la truite est \u00e0 rabais.\u00a0 L\u2019ensemble de cette partie du Qu\u00e9bec est mieux adapt\u00e9 \u00e0 la culture du poisson qu\u2019\u00e0 toute autre industrie, sauf la manufacture d\u2019eau froide et de paysages. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">\u00c0 Baie Trinit\u00e9 et \u00e0 Sept-Iles, on trouve des postes de t\u00e9l\u00e9graphe. Le Gouvernement f\u00e9d\u00e9ral a \u00e9tabli et maintient une ligne t\u00e9l\u00e9graphie jusqu\u2019\u00e0 La Pointe-aux-Esquimaux o\u00f9 elle traverse \u00e0\u00a0 l\u2019Ile d\u2019Anticosti. Dans les postes diss\u00e9min\u00e9s le long de la C\u00f4te, on trouve ces vieilles machines o\u00f9 l\u2019\u0153il peut lire ce qu\u2019une oreille non habitu\u00e9e ne pourrait entendre.\u00a0 Cette ligne t\u00e9l\u00e9graphique tient lieu d\u2019un service de sauvetage le long d\u2019une c\u00f4te parmi les plus dangereuses qui soient.\u00a0 Si des marins naufrag\u00e9s parviennent \u00e0 terre ils peuvent signaler leur pr\u00e9sence par t\u00e9l\u00e9graphe.\u00a0 \u00c0 Baie Trinit\u00e9 on trouve une station de pilotage o\u00f9, si le temps est\u00a0 brumeux, des services de pilotage sont offerts aux navires qui vont en amont, mais la plupart pr\u00e9f\u00e8rent attendre jusqu\u2019\u00e0\u00a0 Rimouski pour ce faire.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> Les navires des marins n\u2019avancent pas sans vent et quand nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Sept-Iles le temps \u00e9tait au calme plat. C\u2019\u00e9tait le moindre de nos soucis puisque nous \u00e9tions confortablement install\u00e9s \u00e0 l\u2019ancre avec un soleil brillant qui nous inondait, les maringouins nous rendant une visite de politesse.\u00a0 Il y avait peu de diff\u00e9rence avec les fois o\u00f9 nous attendions vainement dans un camp de p\u00eache la venue du poisson. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">La Baie de Sept-Iles est une \u00e9tendue circulaire de six milles de diam\u00e8tre.\u00a0 Un groupe d\u2019\u00eeles surgissent de l\u2019eau, constituant un genre de brise-lames.\u00a0 Sur le rivage de la baie, se trouve un petit village form\u00e9 d\u2019une rang\u00e9e de maisons de p\u00eacheurs bord\u00e9es de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 par une for\u00eat d\u2019\u00e9pinettes rabougries.\u00a0 Le magasin de la Hudson\u2019s Bay Company est la plus grosse b\u00e2tisse du village et la maison de l\u2019agent, Mr Walter Colvile est la plus confortable de toutes.\u00a0\u00a0 En face des maisons des p\u00eacheurs se trouvent des plate-formes en bois, sur lesquelles sont mis \u00e0 s\u00e9cher les morues et les fl\u00e9tans,\u00a0 souillant l\u2019air pur d\u2019\u00e9t\u00e9 par l\u2019odeur qu\u2019ils d\u00e9gagent.\u00a0 En attendant des vents favorables, nous descend\u00eemes et nous y avons trouv\u00e9 un mode de vie qu\u2019on ne voit nulle part ailleurs.\u00a0 Mr Colville, gentleman et diplomate, le repr\u00e9sentant d\u2019une grande entreprise commerciale qui avait d\u00e9j\u00e0 domin\u00e9 la moiti\u00e9 du continent r\u00e9gnait en roi.\u00a0 D\u2019un c\u00f4t\u00e9 s\u2019\u00e9tendait la mince rang\u00e9e des maisons de p\u00eacheurs et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 une cinquantaine de tentes blanches, nouvellement achet\u00e9es o\u00f9 logeaient les familles Montagnaises fra\u00eechement arriv\u00e9es de leur saison de chasse dans l\u2019arri\u00e8re-pays.\u00a0\u00a0 Pendant qu\u2019il nous parlait de choses du monde ext\u00e9rieur qu\u2019il ne voyait pas souvent, un jeune gar\u00e7on attendait\u00a0 pour acheter une pinte de k\u00e9ros\u00e8ne et deux jeunes filles Indiennes aux grands yeux s\u2019informaient du prix des foulards rouges.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> La mer \u00e9tait basse et le long de la plage de sable des gros chiens de tra\u00eeneaux, ayant l\u2019aspect de loups, r\u00f4daient en qu\u00eate de leur d\u00eener qui consistait en petits poissons \u00e9chou\u00e9s sur la plage et autres malchanceux habitants marins.\u00a0 Un chien mit la gueule sur un homard qui aussit\u00f4t lui fut disput\u00e9 par une meute vorace.\u00a0 Du homard, il ne resta bient\u00f4t plus rien.\u00a0 Un autre chien tenta de s\u2019emparer d\u2019une morue s\u00e9ch\u00e9e sur la plate-forme, mais le gar\u00e7on pr\u00e9pos\u00e9 \u00e0 la surveillance se mit \u00e0 l\u2019invectiver en fran\u00e7ais et le rouer de coups de\u00a0 b\u00e2ton.\u00a0 \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la plus proche maison, deux femmes \u00e9taient occup\u00e9es \u00e0 la lessive. Plus loin, au-del\u00e0 des \u00eeles, la petite flotte de p\u00eacheurs revenait lentement au rivage, au gr\u00e9 de la houle lente soulev\u00e9e par une brise l\u00e9g\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">\u00a0\u00a0Un autre go\u00e9lette semblable \u00e0 la n\u00f4tre arriva avec la mar\u00e9e et cette nuit-l\u00e0 il y eut une soir\u00e9e joyeuse parmi les p\u00eacheurs.\u00a0 Peu apr\u00e8s minuit, une des maisons prit feu.\u00a0 Au matin, plusieurs bouteilles de brandy vides, portant des marques fran\u00e7aises mais aucune timbre de taxe, jonchaient la gr\u00e8ve et la go\u00e9lette avait disparu.\u00a0 Telles sont les ruses que la go\u00e9lette Caroline tente de combattre pour Revenu Canada en faisant la chasse aux contrebandiers dont elle capture parfois un cargo.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> Ces produits de contrebande proviennent des Iles St-Pierre et Miquelon, deux petites \u00eeles au sud de Terre-Neuve, seuls vestiges d\u2019un jadis puissant Dominion fran\u00e7ais sur ce continent.\u00a0 Si par un effet de la nature ces deux refuges de contrebandiers venaient \u00e0 \u00eatre engloutis, le Service Canadien du Revenu ne verserait pas une larme.\u00a0 Un p\u00eacheur se construisait une go\u00e9lette, trop grosse pour la p\u00eache et trop petite pour un navire de charge.\u00a0 En r\u00e9ponse \u00e0 ma question, il me r\u00e9pondit avec un sourire en coin : \u00ab\u00d4, j\u2019 pense que va aller \u00e0\u00a0 St-Pierre c\u2019 t\u2019automne.\u00bb\u00a0 S\u2019il y est all\u00e9 sans que la Caroline ne l\u2019attrape il a s\u00fbrement r\u00e9colt\u00e9 un bon profit sur cette mauvaise boisson fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> En aval de Sept-Iles, la Moisie se jette dans la mer.\u00a0 Cette rivi\u00e8re est sans doute la meilleure rivi\u00e8re \u00e0 saumon de la C\u00f4te.\u00a0 Les Montagnais la nomment \u00abLa Grande Rivi\u00e8re\u00bb puisqu\u2019elle s\u2019\u00e9tend vers l\u2019int\u00e9rieur plus loin que tout autre rivi\u00e8re \u00e0 l\u2019est de celle-ci.\u00a0 Elle constitue pour les Indiens, le chemin le plus commode vers leurs lointains terrains de chasse de l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> Au matin le vent se leva apportant avec lui le vacarme des pr\u00e9paratifs du d\u00e9part.\u00a0 Nous d\u00e9pass\u00e2mes la Moisie o\u00f9 la p\u00eache nous \u00e9tait interdite puisque les droits de p\u00eache y \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 lou\u00e9s.\u00a0 Nous avons aussi \u00e9vit\u00e9 la Rivi\u00e8re-\u00e0-la Truite puisque, \u00e0 cause des rochers qui emp\u00eachent le saumon de la monter \u00e0 son entr\u00e9e, la p\u00eache est inutile.\u00a0 Apr\u00e8s une journ\u00e9e de voile le long de cette c\u00f4te o\u00f9 on ne trouve aucun abri, nous \u00e9tions \u00e0 l\u2019embouchure de La Manitou et sa magnifique chute. Sur le rivage repose la carcasse d\u2019une magnifique go\u00e9lette am\u00e9ricaine qui s\u2019\u00e9tait aventur\u00e9e trop pr\u00e8s, profitant d\u2019une brise l\u00e9g\u00e8re pour \u00eatre ensuite victime de la mar\u00e9e\u00a0 qui la poussa sur les rochers, ses ancres glissant sur le fond rocheux.\u00a0 Un tel sort n\u2019attirait pas notre capitaine et nous avons continu\u00e9 notre route jusqu\u2019au havre de Rivi\u00e8re Chaloupe d\u2019o\u00f9 nous ref\u00eemes le trajet vers Manitou, en canots.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">La cataracte, \u00e0 deux milles de l\u2019embouchure est remarquable, m\u00eame en ce pays de chutes innombrables.\u00a0 Si elle \u00e9tait accessible, elle serait visit\u00e9e par un grand nombre de curieux.\u00a0 La rivi\u00e8re, aussi large que la Potomac \u00e0 Harper\u2019s Ferry mais d\u2019un d\u00e9bit de beaucoup sup\u00e9rieur, plonge dans un pr\u00e9cipice haut de cent treize pieds. Les rochers environnants sont couverts\u00a0 de sapins et d\u2019\u00e9pinettes qui forment l\u2019ensemble de la for\u00eat sans fin.\u00a0 L\u2019eau au pied de la chute est si tumultueuse que le canot ne peut s\u2019approcher qu\u2019\u00e0 une distance respectueuse.\u00a0 Il n\u2019existe aucun sentier \u00e0 travers la v\u00e9g\u00e9tation qui recouvre les rochers et afin de pouvoir appr\u00e9cier toute la grandeur du paysage, il faut d\u2019abord vaincre la fureur des eaux qui la d\u00e9fendent.\u00a0 On peut entendre le rugissement de la chute longtemps avant de l\u2019avoir vue m\u00eame si les embruns peuvent \u00eatre per\u00e7us de loin sur le golfe.\u00a0 La cataracte sur la Manitou, loin sur la C\u00f4te-Nord, n\u2019a aucune valeur commerciale.\u00a0 Elle n\u2019attire pas les visiteurs.\u00a0 Les marins craignent la C\u00f4te et ses environs.\u00a0 Mais depuis que le monde \u00e9tait encore jeune, elle s\u2019est d\u00e9vers\u00e9e sans arr\u00eat sur ces pierres froides et dures, cr\u00e9ant en \u00e9t\u00e9 des arcs-en-ciel rutilants et en hiver des resplendissants palais de glace t\u00e9moignant que l\u2019\u0153il humain dans toute la cr\u00e9ation n\u2019est pas le seul pour qui ces beaut\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">\u00a0\u00a0\u00c0 notre retour, la mer \u00e9tait si forte que notre canot n\u2019aurait pu supporter ses assauts et nos Indiens ont d\u00fb le transporter sur leurs \u00e9paules durant cinq milles jusqu\u2019\u00e0 destination.\u00a0 Cette charge ne semblait pas les pr\u00e9occuper.\u00a0 Arrivant \u00e0 la go\u00e9lette, la mer grondait \u00e0 l\u2019entr\u00e9e \u00e9troite de notre abri et nous avons d\u00fb passer la nuit cach\u00e9s derri\u00e8re un rocher qui nous servait de rempart contre la mer enrag\u00e9e.\u00a0 Un p\u00eacheur qui se dirigeait vers notre anse est venu s\u2019\u00e9chouer entre deux r\u00e9cifs fut secouru quand la temp\u00eate eut diminu\u00e9 d\u2019intensit\u00e9.\u00a0 Entre-temps son bateau se cassa en deux.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">\u00a0\u00a0Notre go\u00e9lette \u00e9tant trop large pour passer par la sortie \u00e0 mar\u00e9e basse, nous avons d\u00fb attendre la mer haute.\u00a0 Apr\u00e8s avoir attendu deux mar\u00e9es pour un vent favorable, tous les p\u00eacheurs de la place, une douzaine d\u2019entre eux, parvinrent \u00e0 nous touer moyennant une charge de trois dollars que notre capitaine Jos, consid\u00e9ra comme exag\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> La grande rivi\u00e8re suivante coulant de ce vaste pays est la St-Jean.\u00a0 Il y a au moins cinq rivi\u00e8res St-Jean au Canada mais on distingue celle-ci par le nom de St-Jean de la C\u00f4te-Nord.\u00a0\u00a0 C\u2019est une grande rivi\u00e8re \u00e0 saumon mais en 1896 le bail fut retir\u00e9.\u00a0 La premi\u00e8re chute, \u00e0 plus de vingt milles de son embouchure est l\u2019endroit le plus rapproch\u00e9 o\u00f9 le saumon arr\u00eate.\u00a0\u00a0 Trente ans plus t\u00f4t, le commandant d\u2019un vaisseau du Gouvernement Canadien, qui faisait la m\u00eame chose que nous l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, constata une chose remarquable \u00e0 cette chute. Il y avait dans le chenal, un rocher de telle forme que , les saumons qui le sautaient tombaient dans une marmite de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, dont ils ne pouvaient sortir.\u00a0 C\u2019est ainsi que des multitudes de ce noble poisson perdirent la vie.\u00a0 Ces endroits tr\u00e8s bien connu des ours\u00a0 du voisinage leur servait de garde-manger, laissant tra\u00eener les restes dans les environs.\u00a0 \u00c0 cette vue, le commandant dudit vaisseau fit sauter ce rocher pour cr\u00e9er un passage au saumon.\u00a0 Depuis ce temps les ours doivent aller ailleurs pour festoyer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> Trente milles en aval de la Rivi\u00e8re St-Jean, on trouve les Iles de Mingan.\u00a0 Ces \u00eeles font partie d\u2019un formation g\u00e9ologique fr\u00e9quente en ces parties et qui a \u00e9t\u00e9 la cause de nombreux naufrages subis par les premiers explorateurs.\u00a0 \u00c0 mar\u00e9e haute, les rochers perpendiculaires semblent sortir de l\u2019eau, mais la mer baissant laisse des plate-formes unies qui s\u2019\u00e9tendent \u00e0 une distance consid\u00e9rable vers le large. Toute la c\u00f4te de l\u2019Ile d\u2019Anticosti est ainsi form\u00e9e. Sur ces rochers \u00e9tag\u00e9s, les phoques vont dormir \u00e0 mer basse.\u00a0 Nous avons surpris un groupe de \u00abt\u00eates-de-cheval\u00bb mesurant dix \u00e0 douze pieds de longueur et\u00a0 aussi pesant qu\u2019un b\u0153uf.\u00a0 La vitesse \u00e0 laquelle ces animaux peuvent dispara\u00eetre sous l\u2019eau est surprenante.\u00a0 Une fois \u00e0 l\u2019eau, on en voit quelques t\u00eates sortir pour prendre une bouff\u00e9e d\u2019air, examiner les environs et dispara\u00eetre \u00e0 nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> Sur les Iles de Mingan, nichent des quantit\u00e9s innombrables d\u2019oiseaux de toutes sortes.\u00a0 \u00c0 certains endroits, les jeunes go\u00e9lands n\u2019ayant pas encore appris \u00e0 voler, venaient presque sous nos pieds se d\u00e9pla\u00e7ant de fa\u00e7on ridicule sur leur petites pattes, tandis que les parents inquiets effectuaient des vols mena\u00e7ants au-dessus\u00a0 de nos t\u00eates.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> Au gr\u00e9 de nos insoucieux d\u00e9placements, nous avions atteint une distance de cinq cents milles en aval de Qu\u00e9bec, \u00e0 l\u2019embouchure de la Mingan.\u00a0 Comme je souhaitais voir mon jeune compagnon lutter avec un gigantesque saumon, je d\u00e9cidai de dire au-revoir \u00e0 la go\u00e9lette pour quelques jours et monter la rivi\u00e8re.\u00a0 C\u2019est l\u00e0 que les canots entr\u00e8rent en jeu et que les guides qui n\u2019avaient fait que de jouir du soleil depuis un bon bout de temps, s\u2019activ\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> Depuis plus de deux cents ans, un \u00e9tablissement est indiqu\u00e9 sur les cartes, \u00e0 l\u2019embouchure de la Mingan.\u00a0 Actuellement deux familles y r\u00e9sident en permanence; celle de Mr Scott, agent de la Hudson\u2019s Bay Co ainsi que celle de Mr Maloney, t\u00e9l\u00e9graphiste et gardien de la rivi\u00e8re.\u00a0 Devant le spectacle paradisiaque qu\u2019offre ce paysage, il est difficile d\u2019imaginer qu\u2019il puisse avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019objet d\u2019une si longue controverse l\u00e9gale, telle que le monde n\u2019en n\u2019a jamais connue.\u00a0 Toute la c\u00f4te, depuis Sept-Iles jusqu\u2019\u00e0 Blanc-Sablon, une distance de plus de quatre cents\u00a0 milles par six milles de profondeur, est revendiqu\u00e9e par les h\u00e9ritiers de la Seigneurie de Mingan.\u00a0 Le titre original de cette propri\u00e9t\u00e9 fut accord\u00e9 en 1661 \u00e0 Fran\u00e7ois Bissot par la Compagnie de la Nouvelle-France qui d\u00e9tenait ses pouvoirs de la Couronne de France.\u00a0 Les termes de la cession \u00e9taient vagues et accordaient le droit d\u2019\u00e9tablir des stations de chasse et de p\u00eache et de prendre le bois et les terrains, \u00abjusqu\u2019\u00e0\u00a0 la Grande Baie vers les Esquimaux, o\u00f9 les Espagnols viennent habituellement p\u00eacher\u00bb.\u00a0 La courte histoire de la controverse qui dure depuis deux si\u00e8cles est que les descendants du Sieur Bissot, d\u00e9tenteurs d\u2019un titre plut\u00f4t vague persistaient \u00e0 s\u2019installer n\u2019importe o\u00f9 et tout revendiquer.\u00a0 \u00c0 chaque conflit entre la France et l\u2019Angleterre, les b\u00e2timents de Mingan \u00e9taient incendi\u00e9s alternativement par les uns et les autres.\u00a0 Rien n\u2019\u00e9tait plus facile que d\u2019arr\u00eater dans ce havre paisible, \u00e0 l\u2019abri des \u00eeles,\u00a0 et de sortir la torche incendiaire.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Peu apr\u00e8s la cession du Canada \u00e0 la Grande Bretagne en 1763, les h\u00e9ritiers du titre soumirent au nouveau gouvernement leur pr\u00e9tention au titre de propri\u00e9taire. Il y a toujours eu dispute pour cause d\u2019incertitude mais finalement, la L\u00e9gislature de la Province du Canada, en 1854, admit l\u2019existence de la Seigneurie de Mingan.\u00a0 En 1892, le Conseil Priv\u00e9 de Londres \u00e9tablit les limites de celle-ci du Cap Cormorant \u00e0 la rivi\u00e8re Goynish, une distance de quelque cent cinquante milles par six milles de profondeur.\u00a0 Ce territoire est maintenant la propri\u00e9t\u00e9 de Labrador Compagny de Montr\u00e9al qui d\u00e9tient ainsi le contr\u00f4le absolu de p\u00eache sur les premiers six milles des seize rivi\u00e8res qui traversent la seigneurie dans leur cours vers le Golfe St-Laurent.\u00a0 Cependant, les seules rivi\u00e8res que la Labrador Company consid\u00e8re utiles \u00e0 surveiller, sont la Mingan et la Romaine.\u00a0 Pour ce qui est des autres rivi\u00e8res, on juge qu\u2019elles sont soit inaccessibles au saumon \u00e0 cause des chutes \u00e0 leur embouchure, ou bien qu\u2019elles s\u2019\u00e9tendent au-del\u00e0 de la limite de six milles o\u00f9 la Province de Qu\u00e9bec a juridiction.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Par courtoisie de la Labrador Company nous \u00e9tions autoris\u00e9s \u00e0 prendre quelques saumons \u00e0 la premi\u00e8re chute de la Mingan.\u00a0 Ici, l\u2019on est t\u00e9moin du plus grand acte d\u2019amour existant sur terre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> Cette chute est situ\u00e9e \u00e0 quelque trois milles de l\u2018 embouchure et s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 quarante-trois pieds de\u00a0 hauteur en trois \u00e9tages s\u00e9par\u00e9s par des \u00e9tangs bouillonnants.\u00a0 Pour frayer, beaucoup plus haut sur la rivi\u00e8re, les saumons doivent surmonter cet obstacle et doivent r\u00e9p\u00e9ter cet exploit \u00e0 chaque ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> Nous \u00e9tions camp\u00e9s au pied de cette chute sur une plage de sable et avons pris plaisir \u00e0 surveiller les efforts d\u00e9ploy\u00e9s par ce noble poisson pour atteindre leur but.\u00a0 L\u2019\u00e9tang au pied de la chute \u00e9tait rempli de ce poisson royal \u00e0 tel point que l\u2019eau bouillonnait du mouvement constant de leurs nageoires qui per\u00e7aient la surface de l\u2019eau. \u00c0 tout instant l\u2019un d\u2019eux s\u2019\u00e9lan\u00e7ait fr\u00e9missant, sautant hors de l\u2019eau, la plupart du temps retombant dans le courant.\u00a0 Seuls les plus forts arrivaient parfois \u00e0 surmonter le premier obstacle pour se reposer dans la moindre crevasse o\u00f9 se trouvaient d\u00e9j\u00e0 une multitude de poissons qui avaient r\u00e9ussi cette premi\u00e8re \u00e9tape de leur trajet.\u00a0 Ces monstres pesaient entre 25 et 40 livres.\u00a0 Je n\u2019ai jamais vu comment ils faisaient pour franchir les deux autres obstacles.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Donc, le gar\u00e7on sortit sa canne \u00e0 truite de 10 onces\u00a0 munie de cent verges de fil et lan\u00e7a au milieu de la masse de nageoires dans le bouillon de l\u2019\u00e9tang.\u00a0 Le canot \u00e9tait pr\u00eat et quelques minutes plus tard, la canne \u00e0 p\u00eache lui \u00e9tait quasiment arrach\u00e9e des mains.\u00a0 Le gar\u00e7on sauta dans le canot et la chasse au poisson qui instinctivement s\u2019\u00e9tait dirig\u00e9 vers la mer au bout de la ligne, commen\u00e7a.\u00a0 Vous croirez peut-\u00eatre qu\u2019il\u00a0 se d\u00e9tacha de l\u2019hame\u00e7on ou qu\u2019il brisa l\u2019attirail, chavira le canot, mais il n\u2019en fut rien.\u00a0 Ces guides connaissaient leur affaire ainsi que le gar\u00e7on. Le poisson tira le canot sur une distance de deux milles en descendant la rivi\u00e8re et apr\u00e8s une heure et dix sept minutes de bataille, Braithwaite harponna le saumon et le lan\u00e7a sur le banc de sable.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Le jour suivant nous remont\u00e2mes la rivi\u00e8re douze milles au-dessus des chutes \u00e0 un endroit encaiss\u00e9 entre des collines assez \u00e9lev\u00e9es.\u00a0 Nous y avons plant\u00e9 notre tente.\u00a0 Le lendemain nous avons grimp\u00e9 la montagne d\u2019o\u00f9 nous pouvions voir beaucoup plus bas, le canyon rempli de blocs gigantesques d\u00e9tach\u00e9s du pr\u00e9cipice par la gel\u00e9e.\u00a0 Dans les crevasses, sous nos pieds, il y avait encore de la glace de l\u2019hiver pr\u00e9c\u00e9dant ou de combien d\u2019hivers pr\u00e9c\u00e9dents, nul ne le sait, jamais touch\u00e9e par le soleil du mois d\u2019ao\u00fbt. Cet amas de pierres cass\u00e9es conf\u00e9rait \u00e0 l\u2019endroit un aspect de ruines et nous ne pouvions nous emp\u00eacher de penser que la prochaine pierre \u00e0 tomber serait peut-\u00eatre celle sur laquelle nous posions le pied et si ce ne serait pas le jour o\u00f9 elle devait tomber.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Montant jusqu\u2019au pic le plus \u00e9lev\u00e9 des environs, nous avions une vue panoramique de tout le paysage sur des milles \u00e0 la ronde.\u00a0 Au-del\u00e0 de l\u2019ab\u00eeme, la rivi\u00e8re se ramifiait en expansions lacustres remplies d\u2019\u00eeles verdoyantes.\u00a0 Loin au nord s\u2019\u00e9levait une deuxi\u00e8me cha\u00eene de montagnes basses o\u00f9 la rivi\u00e8re allait dispara\u00eetre \u00e0 la vue.\u00a0 Les fonds argileux \u00e9taient couverts d\u2019une dense v\u00e9g\u00e9tation arbustive tandis que les crevasses des plus hautes collines abritaient la pruche rampante et d\u2019autres formes de verdure.\u00a0 Aussi loin que portait la vue, le monde \u00e9tait gris et vert.\u00a0 M\u00eame si la vie animale semblait moins active que dans le Maine ou le Nouveau-Brunswick, nous savions que la rivi\u00e8re miroitante recelait une vie vigoureuse et que les innombrables lacs au-del\u00e0 des collines abritaient des myriades de cr\u00e9atures ne connaissant pas la peur de l\u2019hame\u00e7on ou de la ligne.\u00a0 Dans une l\u00e9g\u00e8re d\u00e9pression nous avons vu les perches blanchies qui avaient, au cours d\u2019une saison pr\u00e9c\u00e9dente, servi \u00e0 quelque famille montagnaise \u00e0 \u00e9riger un campement pendant la p\u00e9riode de la chasse \u00e0 l\u2019ours.\u00a0 Plus loin vers le nord, au-del\u00e0 de l\u00e0 hauteur des terres, comme l\u2019appellent les gens de la Hudson\u2019s Bay Company, nous imaginions les bandes de caribous au cou gris, qui formait la nourriture usuelle des Indiens de ce pays, \u00e0 la chasse en hiver.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Je ne sais pas comment d\u2019autres se sentiraient au sommet de cette montagne, la vaste \u00e9tendue du Labrador s\u2019offrant \u00e0 leur vue, mais pour moi, ce jour-l\u00e0, j\u2019entendis le chant de la sir\u00e8ne et je per\u00e7us de la part de toutes ces montagnes et de ces lacs innombrables, un grand sourire et un signe d\u2019accueil chaleureux.\u00a0 Les gens s\u2019imaginent que cette sauvagerie ressemble \u00e0 la mort mais il n\u2019en n\u2019est rien.\u00a0 En hiver, le froid est certes intense, mais \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 c\u2019est une terre de toute beaut\u00e9.\u00a0 Malheureusement nous ne pouvions nous y attarder et d\u00e9laissant la truite, nous entrepr\u00eemes la descente de la rivi\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 Mingan. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">Les gens de la Hudson\u2019s Bay me disent qu\u2019une famille montagnaise rapportera souvent en produit de chasse, plus de $1000.\u00a0 Il arrive parfois que le caribou change de trajectoire vers d\u2019autres p\u00e2turages et alors, la survie des chasseurs n\u2019est plus assur\u00e9e faisant surgir le spectre de la famine.\u00a0 Mais g\u00e9n\u00e9ralement, les Indiens s\u2019en tirent bien.\u00a0 Ils viennent chaque printemps \u00e0 la c\u00f4te avec leurs canots.\u00a0 \u00c0 Mingan o\u00f9 il y a toujours un fort groupe en \u00e9t\u00e9, plusieurs y ont \u00e9tabli des r\u00e9sidences permanentes.\u00a0 Une bonne vingtaine de ceux-ci sont propri\u00e9taires d\u2019un joli petit voilier qu\u2019ils ont pay\u00e9 cent dollars.\u00a0 Ils \u00e9changent leurs fourrures pour ce dont ils ont besoin ou ce dont ils ont envie et nul ne vend de meilleurs articles que la Hudson\u2019s Bay Compagny.\u00a0\u00a0\u00a0 Durant l\u2019\u00e9t\u00e9 les Indiens se visitent mutuellement, remplissent leurs devoir religieux annuels -ils sont tous de bons catholiques- et construisent des canots pour le prochain voyage vers l\u2019Int\u00e9rieur.\u00a0\u00a0 L\u2019\u00e9corce de bouleau est rare sur la C\u00f4te-Nord et depuis peu la Hudson\u2019s Bay fournit une toile de bonne qualit\u00e9 pour couvrir les canots.\u00a0 Il est tr\u00e8s int\u00e9ressant de voir l\u2019habilit\u00e9 que les constructeurs d\u00e9ploient dans la confection des canots.\u00a0 Nos canots de fabrication mal\u00e9cite faisaient piti\u00e9 en comparaison.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">\u00c0 notre arriv\u00e9e l\u2019\u00e9l\u00e9gant\u00a0 yacht du missionnaire J\u00e9suite \u00e9tait ancr\u00e9 dans le havre.\u00a0 Cet homme d\u00e9vou\u00e9 et\u00a0 brillant navigateur venait d\u2019un point \u00e9loign\u00e9 de la C\u00f4te et l\u2019activit\u00e9 \u00e9tait grande chez les Indiens.\u00a0 Sur la plage, on avait plac\u00e9 sur une petite plate-forme, un canot blanc\u00a0 comme neige.\u00a0 Le missionnaire sortit d\u2019une des tentes v\u00eatu de ses v\u00eatements sacerdotaux\u00a0 et devant les Indiens assembl\u00e9s, leva les mains\u00a0 et d\u2019une voix sonore r\u00e9sonnant jusqu\u2019\u00e0 un demi-mille, il entonna les chants de b\u00e9n\u00e9diction du canot, tout en aspergeant d\u2019eau b\u00e9nite l\u2019objet de la b\u00e9n\u00e9diction, le canot.\u00a0 La solennit\u00e9 de la c\u00e9r\u00e9monie fut quelque peu g\u00e2ch\u00e9e quand les Indiens, sortant leurs fusils d\u00e9cor\u00e9s de rubans multicolores, se mirent \u00e0 tirer des salves multiples comme conclusion de la c\u00e9r\u00e9monie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\"> C\u2019est aussi \u00e0 Mingan que nous avons \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins des vicissitudes que doivent affronter ces intr\u00e9pides pionniers de l\u2019\u00c9glise.\u00a0 C\u2019\u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s le temps de la visite pastorale du P\u00e8re Bouchard, le berger\u00a0 spirituel des p\u00eacheurs de ce coin.\u00a0 Tandis que nous \u00e9tions dans le havre un homme apparut sur l\u2019\u00eele rapproch\u00e9e et cria pour de l\u2019aide. Apr\u00e8s l\u2019avoir secouru, on s\u2019aper\u00e7ut qu\u2019il s\u2019agissait du P\u00e8re Bouchard, tout mouill\u00e9 et dans un \u00e9tat lamentable .\u00a0\u00a0 Dans son sommeil, l\u2019homme qui l\u2019accompagnait avait \u00e9chou\u00e9 son bateau pr\u00e8s d\u2019une des \u00eeles la nuit pr\u00e9c\u00e9dente.\u00a0\u00a0 Le bon P\u00e8re qui n\u2019avait rien \u00e0 manger, attendit la mer haute pour tenter de sortir, mais l\u2019attente fut vaine. Il attendit ensuite la mer basse et revint \u00e0 pied vers l\u2019\u00eele.\u00a0 Il suivit la gr\u00e8ve sur une distance de quatre milles jusqu\u2019au c\u00f4t\u00e9 faisant face au poste de Mingan.\u00a0 C\u2019est l\u00e0 que ses cris furent entendus et il fut soulag\u00e9 de ne pas devoir vivre plus longtemps son r\u00f4le de Robinson Cruso\u00e9.\u00a0\u00a0 Nous l\u2019invit\u00e2mes dans notre salle \u00e0 manger o\u00f9 il d\u00e9vora goul\u00fbment les plats qu\u2019on lui pr\u00e9sentait. Pendant son sommeil dans la cabine,\u00a0 monsieur Maloney et son fils se rendirent au bateau \u00e9chou\u00e9 afin de le sortir de ce mauvais pas.\u00a0 Ils ont r\u00e9ussi car le bateau et son malchanceux pilote nous ont d\u00e9pass\u00e9s en descendant la C\u00f4te, deux jours plus tard.\u00a0 Pendant ce temps, le pr\u00eatre dormit, mangea et s\u2019engagea dans des bousculades amicales avec le gar\u00e7on.\u00a0 Il tint m\u00eame la roue de la go\u00e9lette des heures durant.\u00a0 Fort comme un pugiliste, joyeux comme un criquet, bon envers tous, le P\u00e8re Bouchard constitue un bon exemple de la sagesse d\u00e9ploy\u00e9e par l\u2019\u00c9glise Catholique dans son choix des hommes pour ces t\u00e2ches ardues.\u00a0 Il insista pour que nous jetions l\u2019ancre \u00e0 son village de Magpie. Le dimanche apr\u00e8s-midi, il fit harnacher ses chiens par les p\u00eacheurs oisifs, afin de nous donner une d\u00e9monstration de l\u2019utilit\u00e9 des chiens de tra\u00eene en hiver qui sont les seuls moyens pour se d\u00e9placer d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de sa paroisse.\u00a0 Les chiens se rendirent bien compte qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas normal de se faire atteler \u00e0 un tra\u00eeneau en plein mois d\u2019ao\u00fbt et ils se mirent \u00e0 s\u2019emm\u00ealer dans leurs harnais, \u00e0 aller \u00e0 hue et \u00e0 dia et se battre comme des d\u00e9mons.\u00a0 Nous les entendions encore hurler en mer en partant avec la mar\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:justify\">L\u2019on pourrait \u00e9crire \u00e0 propos des magnifiques rivi\u00e8res \u00e0 l\u2019est de Mingan; la Romaine, la Grande Natshquan et beaucoup d\u2019autres cours d\u2019eau mais nous ne nous sommes pas rendus si loin.\u00a0 Comme le vice-commissaire Tach\u00e9 nous avait dit \u00e0 Qu\u00e9bec : \u00abSi vous prenez le temps de visiter toutes ces rivi\u00e8res, vous ne serez pas de retour \u00e0 Qu\u00e9bec cet \u00e9t\u00e9\u00bb.\u00a0 Nous avons donc vogu\u00e9 vers notre point de d\u00e9part, pouss\u00e9s par un vent rugissant du nord-est qui nous arracha quelques voiles et nous poussa vers la C\u00f4te-Sud, dans le havre de Grand M\u00e9tis.\u00a0 \u00c0 mer basse, notre go\u00e9lette se retrouva sur le c\u00f4t\u00e9, l\u2019eau de cale se d\u00e9versant sur les couchettes de nos guides qui dormaient \u00e0 l\u2019avant.\u00a0 Le gar\u00e7on roula en-bas de son lit, les plats gliss\u00e8rent de la table et des jurons en fran\u00e7ais nous perc\u00e8rent les oreilles dans la noirceur.\u00a0 Mais au matin, notre go\u00e9lette flottait orgueilleusement au-dessus de la mar\u00e9e comme si rien n\u2019\u00e9tait arriv\u00e9.\u00a0 Ayant mis pied \u00e0 terre, nous trouv\u00e2mes un homme qui pla\u00e7a nos bagages sur une charrette \u00e0 deux roues tir\u00e9e par un cheval qui refusait d\u2019ob\u00e9ir au commandement \u00abGet Up\u00bb mais qui r\u00e9pondait volontiers \u00e0 \u00abMarche donc !\u00bb.\u00a0 Au bout de six milles nous arrivions \u00e0 la gare de chemin de fer de Ste-Flavie sur le International Railway et deux jours plus tard nous \u00e9touffions de chaleur \u00e0 cause d\u2019une tardive vague de chaleur couvrant les \u00c9tats du nord-est comme une fournaise d\u2019aci\u00e9rie.\u00a0 C\u2019est alors que nous souhaitions avoir prolong\u00e9 notre s\u00e9jour \u00e0 la fronti\u00e8re du Labrador.<\/p>\n\n\n\n<p>Par\u00a0: Frederic Irland (Scribner\u2019s Magazine, 1897).<\/p>\n\n\n\n<p>Traduit par Roger Baron, le 12 octobre 2009 \u00e0 la demande de Bernard Landry. <\/p>\n\n\n\n<table class=\"wp-block-table\"><tbody><tr><td><\/td><\/tr><\/tbody><\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vers les c\u00f4tes de la Seigneurie de Mingan Par: Frederic Irland&nbsp;&nbsp; |&nbsp;&nbsp; Scribner&rsquo;s Magazine, 1897 Dans quelque sordide cit\u00e9 am\u00e9ricaine que vous soyez, la parfaite journ\u00e9e d\u2019\u00e9t\u00e9 n\u2019est jamais bien loin.\u00a0 Quand les rues et les murs de New-York sont br\u00fblants sous le soleil du mois d\u2019ao\u00fbt, on trouve facilement dans le Golfe St-Laurent, le &hellip; <a href=\"https:\/\/www.shcote-nord.org\/wp\/?page_id=2552\" class=\"more-link\">Lire la suite de <span class=\"screen-reader-text\">Vers les c\u00f4tes de la Seigneurie de Mingan<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":435,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_mc_calendar":[],"footnotes":""},"class_list":["post-2552","page","type-page","status-publish","hentry","no-featured-image"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.7 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Vers les c\u00f4tes de la Seigneurie de Mingan &#8902; 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