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Vers les côtes de la Seigneurie de Mingan

  Par: Frederic Irland   |   Scribner's Magazine, 1897
     
 

Dans quelque sordide cité américaine que vous soyez, la parfaite journée d’été n’est jamais bien loin.  Quand les rues et les murs de New-York sont brûlants sous le soleil du mois d’août, on trouve facilement dans le Golfe St-Laurent, le mois de mai qui s’étire jusqu’au début de  l’automne dans ces parages.  Durant la pire période de chaleur de 1896, quand des centaines de personnes mouraient d’insolation aux États-Unis, le garçon et moi, vêtus de «ulsters» et de mitaines, foulions gaiement le pont d’une goélette du Golfe tandis que ses marins du Saguenay la guidaient dans des vents contraires venant directement des innombrables lacs du Labrador et des solitudes primitives des Laurentides.

 

Le vaste pays au nord du Golfe St-Laurent, aux yeux de l’explorateur non mercantile, est la région la plus intéressante de ce continent, sinon du monde entier. Depuis presque quatre siècles, les voyageurs l’ont frôlé, mais sauf pour la bande côtière, l’arrière-pays a peu été foulé.   Les rivières innombrables qui aboutissent à la mer par chaque échancrure du rivage, témoignent que l’arrière-pays n’est qu’un vaste réseau de lacs et de cours d’eau.  Demandez au Commissaire des Terres de la Couronne de la Province de Québec ce qu’il connaît de cette région et il vous répondra qu’il s’agit de la moins connue des régions de l’Amérique du Nord.  Il vous dira aussi que seul quelques-uns de lacs ont été arpentés; que deux équipes d’exploration ont récemment traversé la péninsule. Il ajoutera qu’un poignée de cabanes de pêcheurs bordent le rivage du Golfe et que pour le reste, les nomades Montagnais sont les seuls touristes qui traversent ce territoire d’un demi-million de milles carrés.   Des bateaux-vapeur sillonnent le Saguenay et le Lac 

St-Jean est accessible par chemin de fer. Mais, la partie nord-est de cet immense pays est la source de rivières plus grandes que la Hudson, qu’aucun homme blanc n’a encore vue. Combien d’Américains, si on leur demandait de nommer les plus  belles rivières du continent pourraient mentionner les noms de Bersimis, Outardes, Manicoaugan, Misticapin, la Moisie,  Mingan, Romaine, la Natashquan, Olomamosheebo, Mecatina, Esquimaux ?  Seuls quelques pêcheurs de saumon, sportifs infatigables, pourraient les reconnaître.

 

C’ était dans le but de visiter cette côte négligée que le garçon et moi partîmes de Québec l’été dernier, pour nous rendre à Tadoussac par un steamer aussi confortable que n’importe quel hôtel flottant de la Sonde et de là, aller à l’aventure par les moyens disponibles sur les lieux.   Nous partions pour une voyage de plaisir et aussi pour tenter notre chance dans les magnifiques rivières à saumons de ce pays.

 

Avant de quitter Québec, nous avions obtenu du Bureau des Terres de la Couronne un permis de «pêcher dans les rivières qui n’étaient pas sous bail ou dans lesquelles les droits de pêche sont détenus par la Province, sur la Côte Nord du Golfe St-Laurent dans les limites comprises entre de Pointe-des-Monts jusqu’à Blanc-Sablon.»  Le permis était valide pour deux mois.  Le Sous-Commissaire ajouta : «Si vous pêchez dans toutes ces rivières vous ne serez pas de retour ici cette année ni l’année prochaine.»  Nous fûmes à même de constater qu’il disait la vérité puisque de toutes ces rivières, une faible partie seulement était sous bail en 1896 et l’on trouve une rivière environ à tous les dix milles.

 

Nous sommes arrivés à Tadoussac en soirée et à mer basse.  Au fond de la petite baie deux ou trois lumières de goélettes clignotaient et se balançaient paresseusement au gré de la houle légère.  Tadoussac existe depuis presque trois siècles et déjà une vingtaine de maisons y sont érigées.  Les montagnes la protègent vers le nord, et le Saguenay de six cents pieds de profondeur vers l’ouest   déverse ses eaux à ses pieds.

 

Le propriétaire d’une des goélettes était de retour d’une livraison de bois de Ste-Anne des Monts à Québec, et la saison étant plutôt tranquille, nous avons pu le louer avec tout l’équipage pour la somme de $180 par mois.  Un des marins, Robitois à $8 par mois, descendit à terre afin de retarder son mariage proposé qui ne pourrait avoir lieu avant son retour.  De plus nous devions attendre la marée propice et nous avons couché à l’hôtel, le dernier ce côté-ci du Pôle Nord, le long de la Côte.

 

Les six courtes heures d’été furent vite écoulées et profitant de la marée, nous mîmes le cap sur Rivière-du-Loup, sur la Côte-Sud où notre guide Henry Braithwaite et quelques Indiens Malécites nous attendaient avec des provisions et des canots d’écorce.  Durant la traversée du fleuve St-Laurent, assez large à cet endroit, nous fûmes pris dans une tempête qui nous fit balancer dans tous les sens, le pont devenant parfois pratiquement le plafond.  Nous avons fait le trajet de 24 milles en deux heures tandis que les marsouins nous tenaient compagnie tout autour.

 

Si vous voulez aller au ciel avant de mourir, visitez la Côte-Nord du Québec, accompagné d’un bon guide.  Le fidèle Braithwaite avait planifié le voyage pendant des semaines.  Nous avions projeté ce voyage l’année précédente, pendant que nous cherchions l’orignal furtif dans la région de Miramichi, et quand nous avons accosté à Rivière-du-Loup, tout était prêt.  Les canots, les paquets de provisions,  les Indiens furent sitôt embarqués et ce fut le départ sur ce grand fleuve dont les flots et le bon vent nous emportèrent toujours plus loin vers le nord et l’est de ce pays.

 

Les langues en usage sur notre goélette étaient multiples. Il y avait les marins canadiens qui ne parlaient pas un mot d’Anglais; il y avait l’Indien Baptiste qui parlait français et malécite, Francis de Old Town, Maine dont le malécite et l’abénaki étaient au-delà de toute critique et dont l’anglais hésitant rappelait le discours de l’honorable Thomas Brackett Reed. Donc, tout message quelque peu compliqué devait suivre la filière tortueuse via Francis et Baptiste jusqu’au capitane en français et de retour à l’interlocuteur primitif.  Dieu seul sait comment le sens du message était respecté pendant cette opération.

 

La navigation à voile ressemble à une partie de poker. Certains jours, nous voguions allègrement et d’autres jours, nous avions en vue un certain repère terrestre au coucher et au matin après un combat incertain contre les vents et les marées, nous en étions toujours au même point.  Un jour, une tempête du sud-ouest nous emporta au grand galop et le lendemain, les voiles pendaient misérablement tandis que nous étions immobilisés sur une mer grise et calme sans même la moindre  brise.

 

Ce qui est bien dans cette région, c’est que vous avez laissé en arrière le train, dévoreur d’espace et même le bateau-vapeur.  Les bateaux de ligne partant de Québec, passent au sud de l’Ile d’Anticosti et seul le petit côtier Otter passe aux deux semaines sur la Côte-Nord pour apporter le courrier, en juillet et août, aux quelques centaines de pêcheurs de morue, disséminés  ici et là.  S’il existait un train tel que l’Empire State Express ou le Transcontinental du Canadien Pacifique, la distance entre Québec et Blanc-Sablon pourrait être parcourue en une seule journée.  Mais ici, on est dans un pays où personne n’est pressé.  Vous avez 100 milles à parcourir; si le vent souffle, allons-y.  Sinon, le vent soufflera sûrement demain ou plus tard.  Ainsi, soyons heureux que tout aille bien. 

 

Les vues nouvelles sont innombrables.  Le bas St-Laurent fourmille de vie marine.  Il y a des phoques dont la tête danse sur l’eau mais qui disparaissent au moindre signe de danger; les marsouins toujours ronflants; souvent la silhouette malveillante de l’épaulard dont la nageoire dorsale mesure quatre pieds et la tête aussi grosse qu’un baril de vin.

Plus bas encore, le son de la baleine est omniprésent.  Une journée nous en avons compté vingt-sept.  La nuit, notre sillage phosphorescent laisse une trace de feu et une fois, en entrant dans un banc de petits poissons, ils s’élançaient de tous côtés tels des étoiles filantes sous-marines.   À longueur de journée, les goélands nous suivaient à la limite de la portée de nos fusils.  Ceux qui l’avaient sous-estimée, ont fini sur le pont, prêts pour le taxidermiste.  Mais la famille de rats sur la goélette ne nous laissa que les plumes. 

 

Pendant les journées de soleil, où tout allait bien, c’était un plaisir de sortir les matelas de la cabine, les étendre sur le rouf, s’y coucher et ne rien faire que respirer.  C’était toujours une surprise de voir que le temps passait si vite entre les repas.

 

Nous n’avions pas de permis pour pêcher dans les rivières à l’ouest  de la Pointe-des-Monts.  Pointe-des-Monts est l’endroit où le fleuve s’élargit pour devenir le Golfe St-Laurent.  Il y a plusieurs bons cours d’eau à l’ouest de la Pointe, mais ils sont à moins de trois cents miles de Québec et sont sous bail.   Les trois grandes rivières à l’ouest de Pointe-des-Monts sont la Bersimis, l’Outardes et la Manicouagan.  La Bersimis est profonde et le saumon n’y saute pas à la mouche.  L’Outardes est bloquée à son entrée par des chutes insurmontables par les poissons marins.  À la Manicouagan on trouve aussi des chutes à son entrée qui empêchent le saumon d’y monter.  Cependant on trouve ce magnifique poisson en amont au moment du frai.   On explique ce paradoxe d’une drôle de façon.  À quarante milles à l’ouest de la Manicouagan se trouve la Petite Godbout, l’une des plus fameuses rivières au Canada.  Elle se décharge dans le Fleuve St-Laurent.  Les Gilmour d’Ottawa ont détenu les droits de pêche pendant une génération.   Loin à l’intérieur, cette rivière prend sa source dans un lac qui a deux sorties. L’une tombe dans la Godbout et l’autre dans un tributaire de la Manicouagan.  Le saumon monte donc par la Godbout, traverse le lac et descend par l’autre sortie jusque dans la Manicouagan où il va frayer sur les fonds pierreux.

 

Chacun de ces cours d’eau a un débit suffisant pour irriguer n’importe quel aride État de l’ouest.  Plusieurs lacs de grande étendue longent la Manicouagan. La richesse aquatique de cet intérieur impressionne le visiteur qui pour la première fois voit se déverser tant d’eau à chaque échancrure dans le rivage du fleuve. 

 

Entre Pointe-des-Monts et la baie de Sept-Iles il y a une centaine de miles de côte que les goélettes de Québec fuient et craignent.  Il ne s’y trouve aucun havre convenable et chaque rocher recèle une histoire de naufrage et de tragédie. Plusieurs grandes rivières y aboutissent, les plus grandes  étant; la Pentecôte ou Mistacapin, la Rivière-des-Rochers et la Marguerite.  J’ai parlé à l’arpenteur qui a exploré la Rivière-des-Rochers en 1895 et il m’assure que la rivière est remplie de truites de grandes dimensions.

«De vingt à trente pouces de longueur» me dit-il et je n’ai aucun raison d’en douter.  Mais dans un pays de saumon, la truite est à rabais.  L’ensemble de cette partie du Québec est mieux adapté à la culture du poisson qu’à toute autre industrie, sauf la manufacture d’eau froide et de paysages.

 

À Baie Trinité et à Sept-Iles, on trouve des postes de télégraphe. Le Gouvernement fédéral a établi et maintient une ligne télégraphie jusqu’à La Pointe-aux-Esquimaux où elle traverse à  l’Ile d’Anticosti. Dans les postes disséminés le long de la Côte, on trouve ces vieilles machines où l’œil peut lire ce qu’une oreille non habituée ne pourrait entendre.  Cette ligne télégraphique tient lieu d’un service de sauvetage le long d’une côte parmi les plus dangereuses qui soient.  Si des marins naufragés parviennent à terre ils peuvent signaler leur présence par télégraphe.  À Baie Trinité on trouve une station de pilotage où, si le temps est  brumeux, des services de pilotage sont offerts aux navires qui vont en amont, mais la plupart préfèrent attendre jusqu’à  Rimouski pour ce faire.

 

Les navires des marins n’avancent pas sans vent et quand nous sommes arrivés à Sept-Iles le temps était au calme plat. C’était le moindre de nos soucis puisque nous étions confortablement installés à l’ancre avec un soleil brillant qui nous inondait, les maringouins nous rendant une visite de politesse.  Il y avait peu de différence avec les fois où nous attendions vainement dans un camp de pêche la venue du poisson.

 

La Baie de Sept-Iles est une étendue circulaire de six milles de diamètre.  Un groupe d’îles surgissent de l’eau, constituant un genre de brise-lames.  Sur le rivage de la baie, se trouve un petit village formé d’une rangée de maisons de pêcheurs bordées de l’autre côté par une forêt d’épinettes rabougries.  Le magasin de la Hudson’s Bay Company est la plus grosse bâtisse du village et la maison de l’agent, Mr Walter Colvile est la plus confortable de toutes.   En face des maisons des pêcheurs se trouvent des plate-formes en bois, sur lesquelles sont mis à sécher les morues et les flétans,  souillant l’air pur d’été par l’odeur qu’ils dégagent.  En attendant des vents favorables, nous descendîmes et nous y avons trouvé un mode de vie qu’on ne voit nulle part ailleurs.  Mr Colville, gentleman et diplomate, le représentant d’une grande entreprise commerciale qui avait déjà dominé la moitié du continent régnait en roi.  D’un côté s’étendait la mince rangée des maisons de pêcheurs et de l’autre côté une cinquantaine de tentes blanches, nouvellement achetées où logeaient les familles Montagnaises fraîchement arrivées de leur saison de chasse dans l’arrière-pays.   Pendant qu’il nous parlait de choses du monde extérieur qu’il ne voyait pas souvent, un jeune garçon attendait  pour acheter une pinte de kérosène et deux jeunes filles Indiennes aux grands yeux s’informaient du prix des foulards rouges.

 

La mer était basse et le long de la plage de sable des gros chiens de traîneaux, ayant l’aspect de loups, rôdaient en quête de leur dîner qui consistait en petits poissons échoués sur la plage et autres malchanceux habitants marins.  Un chien mit la gueule sur un homard qui aussitôt lui fut disputé par une meute vorace.  Du homard, il ne resta bientôt plus rien.  Un autre chien tenta de s’emparer d’une morue séchée sur la plate-forme, mais le garçon préposé à la surveillance se mit à l’invectiver en français et le rouer de coups de  bâton.  À côté de la plus proche maison, deux femmes étaient occupées à la lessive. Plus loin, au-delà des îles, la petite flotte de pêcheurs revenait lentement au rivage, au gré de la houle lente soulevée par une brise légère. 

 

Un autre goélette semblable à la nôtre arriva avec la marée et cette nuit-là il y eut une soirée joyeuse parmi les pêcheurs.  Peu après minuit, une des maisons prit feu.  Au matin, plusieurs bouteilles de brandy vides, portant des marques françaises mais aucune timbre de taxe, jonchaient la grève et la goélette avait disparu.  Telles sont les ruses que la goélette Caroline tente de combattre pour Revenu Canada en faisant la chasse aux contrebandiers dont elle capture parfois un cargo.

 

Ces produits de contrebande proviennent des Iles St-Pierre et Miquelon, deux petites îles au sud de Terre-Neuve, seuls vestiges d’un jadis puissant Dominion français sur ce continent.  Si par un effet de la nature ces deux refuges de contrebandiers venaient à être engloutis, le Service Canadien du Revenu ne verserait pas une larme.  Un pêcheur se construisait une goélette, trop grosse pour la pêche et trop petite pour un navire de charge.  En réponse à ma question, il me répondit avec un sourire en coin : «Ô, j’ pense que va aller à  St-Pierre c’ t’automne.»  S’il y est allé sans que la Caroline ne l’attrape il a sûrement récolté un bon profit sur cette mauvaise boisson française.

 

En aval de Sept-Iles, la Moisie se jette dans la mer.  Cette rivière est sans doute la meilleure rivière à saumon de la Côte.  Les Montagnais la nomment «La Grande Rivière» puisqu’elle s’étend vers l’intérieur plus loin que tout autre rivière à l’est de celle-ci.  Elle constitue pour les Indiens, le chemin le plus commode vers leurs lointains terrains de chasse de l’intérieur.

 

Au matin le vent se leva apportant avec lui le vacarme des préparatifs du départ.  Nous dépassâmes la Moisie où la pêche nous était interdite puisque les droits de pêche y étaient déjà loués.  Nous avons aussi évité la Rivière-à-la Truite puisque, à cause des rochers qui empêchent le saumon de la monter à son entrée, la pêche est inutile.  Après une journée de voile le long de cette côte où on ne trouve aucun abri, nous étions à l’embouchure de La Manitou et sa magnifique chute. Sur le rivage repose la carcasse d’une magnifique goélette américaine qui s’était aventurée trop près, profitant d’une brise légère pour être ensuite victime de la marée  qui la poussa sur les rochers, ses ancres glissant sur le fond rocheux.  Un tel sort n’attirait pas notre capitaine et nous avons continué notre route jusqu’au havre de Rivière Chaloupe d’où nous refîmes le trajet vers Manitou, en canots. 

 

La cataracte, à deux milles de l’embouchure est remarquable, même en ce pays de chutes innombrables.  Si elle était accessible, elle serait visitée par un grand nombre de curieux.  La rivière, aussi large que la Potomac à Harper’s Ferry mais d’un débit de beaucoup supérieur, plonge dans un précipice haut de cent treize pieds. Les rochers environnants sont couverts  de sapins et d’épinettes qui forment l’ensemble de la forêt sans fin.  L’eau au pied de la chute est si tumultueuse que le canot ne peut s’approcher qu’à une distance respectueuse.  Il n’existe aucun sentier à travers la végétation qui recouvre les rochers et afin de pouvoir apprécier toute la grandeur du paysage, il faut d’abord vaincre la fureur des eaux qui la défendent.  On peut entendre le rugissement de la chute longtemps avant de l’avoir vue même si les embruns peuvent être perçus de loin sur le golfe.  La cataracte sur la Manitou, loin sur la Côte-Nord, n’a aucune valeur commerciale.  Elle n’attire pas les visiteurs.  Les marins craignent la Côte et ses environs.  Mais depuis que le monde était encore jeune, elle s’est déversée sans arrêt sur ces pierres froides et dures, créant en été des arcs-en-ciel rutilants et en hiver des resplendissants palais de glace témoignant que l’œil humain dans toute la création n’est pas le seul pour qui ces beautés ont été créées. 

 

À notre retour, la mer était si forte que notre canot n’aurait pu supporter ses assauts et nos Indiens ont dû le transporter sur leurs épaules durant cinq milles jusqu’à destination.  Cette charge ne semblait pas les préoccuper.  Arrivant à la goélette, la mer grondait à l’entrée étroite de notre abri et nous avons dû passer la nuit cachés derrière un rocher qui nous servait de rempart contre la mer enragée.  Un pêcheur qui se dirigeait vers notre anse est venu s’échouer entre deux récifs fut secouru quand la tempête eut diminué d’intensité.  Entre-temps son bateau se cassa en deux. 

 

Notre goélette étant trop large pour passer par la sortie à marée basse, nous avons dû attendre la mer haute.  Après avoir attendu deux marées pour un vent favorable, tous les pêcheurs de la place, une douzaine d’entre eux, parvinrent à nous touer moyennant une charge de trois dollars que notre capitaine Jos, considéra comme exagérée.

 

La grande rivière suivante coulant de ce vaste pays est la St-Jean.  Il y a au moins cinq rivières St-Jean au Canada mais on distingue celle-ci par le nom de St-Jean de la Côte-Nord.   C’est une grande rivière à saumon mais en 1896 le bail fut retiré.  La première chute, à plus de vingt milles de son embouchure est l’endroit le plus rapproché où le saumon arrête.   Trente ans plus tôt, le commandant d’un vaisseau du Gouvernement Canadien, qui faisait la même chose que nous l’année dernière, constata une chose remarquable à cette chute. Il y avait dans le chenal, un rocher de telle forme que , les saumons qui le sautaient tombaient dans une marmite de l’autre côté, dont ils ne pouvaient sortir.  C’est ainsi que des multitudes de ce noble poisson perdirent la vie.  Ces endroits très bien connu des ours  du voisinage leur servait de garde-manger, laissant traîner les restes dans les environs.  À cette vue, le commandant dudit vaisseau fit sauter ce rocher pour créer un passage au saumon.  Depuis ce temps les ours doivent aller ailleurs pour festoyer.

 

Trente milles en aval de la Rivière St-Jean, on trouve les Iles de Mingan.  Ces îles font partie d’un formation géologique fréquente en ces parties et qui a été la cause de nombreux naufrages subis par les premiers explorateurs.  À marée haute, les rochers perpendiculaires semblent sortir de l’eau, mais la mer baissant laisse des plate-formes unies qui s’étendent à une distance considérable vers le large. Toute la côte de l’Ile d’Anticosti est ainsi formée. Sur ces rochers étagés, les phoques vont dormir à mer basse.  Nous avons surpris un groupe de «têtes-de-cheval» mesurant dix à douze pieds de longueur et  aussi pesant qu’un bœuf.  La vitesse à laquelle ces animaux peuvent disparaître sous l’eau est surprenante.  Une fois à l’eau, on en voit quelques têtes sortir pour prendre une bouffée d’air, examiner les environs et disparaître à nouveau.

 

Sur les Iles de Mingan, nichent des quantités innombrables d’oiseaux de toutes sortes.  À certains endroits, les jeunes goélands n’ayant pas encore appris à voler, venaient presque sous nos pieds se déplaçant de façon ridicule sur leur petites pattes, tandis que les parents inquiets effectuaient des vols menaçants au-dessus  de nos têtes.

 

Au gré de nos insoucieux déplacements, nous avions atteint une distance de cinq cents milles en aval de Québec, à l’embouchure de la Mingan.  Comme je souhaitais voir mon jeune compagnon lutter avec un gigantesque saumon, je décidai de dire au-revoir à la goélette pour quelques jours et monter la rivière.  C’est là que les canots entrèrent en jeu et que les guides qui n’avaient fait que de jouir du soleil depuis un bon bout de temps, s’activèrent.

 

Depuis plus de deux cents ans, un établissement est indiqué sur les cartes, à l’embouchure de la Mingan.  Actuellement deux familles y résident en permanence; celle de Mr Scott, agent de la Hudson’s Bay Co ainsi que celle de Mr Maloney, télégraphiste et gardien de la rivière.  Devant le spectacle paradisiaque qu’offre ce paysage, il est difficile d’imaginer qu’il puisse avoir été l’objet d’une si longue controverse légale, telle que le monde n’en n’a jamais connue.  Toute la côte, depuis Sept-Iles jusqu’à Blanc-Sablon, une distance de plus de quatre cents  milles par six milles de profondeur, est revendiquée par les héritiers de la Seigneurie de Mingan.  Le titre original de cette propriété fut accordé en 1661 à François Bissot par la Compagnie de la Nouvelle-France qui détenait ses pouvoirs de la Couronne de France.  Les termes de la cession étaient vagues et accordaient le droit d’établir des stations de chasse et de pêche et de prendre le bois et les terrains, «jusqu’à  la Grande Baie vers les Esquimaux, où les Espagnols viennent habituellement pêcher».  La courte histoire de la controverse qui dure depuis deux siècles est que les descendants du Sieur Bissot, détenteurs d’un titre plutôt vague persistaient à s’installer n’importe où et tout revendiquer.  À chaque conflit entre la France et l’Angleterre, les bâtiments de Mingan étaient incendiés alternativement par les uns et les autres.  Rien n’était plus facile que d’arrêter dans ce havre paisible, à l’abri des îles,  et de sortir la torche incendiaire.

Peu après la cession du Canada à la Grande Bretagne en 1763, les héritiers du titre soumirent au nouveau gouvernement leur prétention au titre de propriétaire. Il y a toujours eu dispute pour cause d’incertitude mais finalement, la Législature de la Province du Canada, en 1854, admit l’existence de la Seigneurie de Mingan.  En 1892, le Conseil Privé de Londres établit les limites de celle-ci du Cap Cormorant à la rivière Goynish, une distance de quelque cent cinquante milles par six milles de profondeur.  Ce territoire est maintenant la propriété de Labrador Compagny de Montréal qui détient ainsi le contrôle absolu de pêche sur les premiers six milles des seize rivières qui traversent la seigneurie dans leur cours vers le Golfe St-Laurent.  Cependant, les seules rivières que la Labrador Company considère utiles à surveiller, sont la Mingan et la Romaine.  Pour ce qui est des autres rivières, on juge qu’elles sont soit inaccessibles au saumon à cause des chutes à leur embouchure, ou bien qu’elles s’étendent au-delà de la limite de six milles où la Province de Québec a juridiction. 

 

Par courtoisie de la Labrador Company nous étions autorisés à prendre quelques saumons à la première chute de la Mingan.  Ici, l’on est témoin du plus grand acte d’amour existant sur terre.

 

Cette chute est située à quelque trois milles de l‘ embouchure et s’élève à quarante-trois pieds de  hauteur en trois étages séparés par des étangs bouillonnants.  Pour frayer, beaucoup plus haut sur la rivière, les saumons doivent surmonter cet obstacle et doivent répéter cet exploit à chaque année.

 

Nous étions campés au pied de cette chute sur une plage de sable et avons pris plaisir à surveiller les efforts déployés par ce noble poisson pour atteindre leur but.  L’étang au pied de la chute était rempli de ce poisson royal à tel point que l’eau bouillonnait du mouvement constant de leurs nageoires qui perçaient la surface de l’eau. À tout instant l’un d’eux s’élançait frémissant, sautant hors de l’eau, la plupart du temps retombant dans le courant.  Seuls les plus forts arrivaient parfois à surmonter le premier obstacle pour se reposer dans la moindre crevasse où se trouvaient déjà une multitude de poissons qui avaient réussi cette première étape de leur trajet.  Ces monstres pesaient entre 25 et 40 livres.  Je n’ai jamais vu comment ils faisaient pour franchir les deux autres obstacles.

Donc, le garçon sortit sa canne à truite de 10 onces  munie de cent verges de fil et lança au milieu de la masse de nageoires dans le bouillon de l’étang.  Le canot était prêt et quelques minutes plus tard, la canne à pêche lui était quasiment arrachée des mains.  Le garçon sauta dans le canot et la chasse au poisson qui instinctivement s’était dirigé vers la mer au bout de la ligne, commença.  Vous croirez peut-être qu’il  se détacha de l’hameçon ou qu’il brisa l’attirail, chavira le canot, mais il n’en fut rien.  Ces guides connaissaient leur affaire ainsi que le garçon. Le poisson tira le canot sur une distance de deux milles en descendant la rivière et après une heure et dix sept minutes de bataille, Braithwaite harponna le saumon et le lança sur le banc de sable.

 

Le jour suivant nous remontâmes la rivière douze milles au-dessus des chutes à un endroit encaissé entre des collines assez élevées.  Nous y avons planté notre tente.  Le lendemain nous avons grimpé la montagne d’où nous pouvions voir beaucoup plus bas, le canyon rempli de blocs gigantesques détachés du précipice par la gelée.  Dans les crevasses, sous nos pieds, il y avait encore de la glace de l’hiver précédant ou de combien d’hivers précédents, nul ne le sait, jamais touchée par le soleil du mois d’août. Cet amas de pierres cassées conférait à l’endroit un aspect de ruines et nous ne pouvions nous empêcher de penser que la prochaine pierre à tomber serait peut-être celle sur laquelle nous posions le pied et si ce ne serait pas le jour où elle devait tomber.

 

Montant jusqu’au pic le plus élevé des environs, nous avions une vue panoramique de tout le paysage sur des milles à la ronde.  Au-delà de l’abîme, la rivière se ramifiait en expansions lacustres remplies d’îles verdoyantes.  Loin au nord s’élevait une deuxième chaîne de montagnes basses où la rivière allait disparaître à la vue.  Les fonds argileux étaient couverts d’une dense végétation arbustive tandis que les crevasses des plus hautes collines abritaient la pruche rampante et d’autres formes de verdure.  Aussi loin que portait la vue, le monde était gris et vert.  Même si la vie animale semblait moins active que dans le Maine ou le Nouveau-Brunswick, nous savions que la rivière miroitante recelait une vie vigoureuse et que les innombrables lacs au-delà des collines abritaient des myriades de créatures ne connaissant pas la peur de l’hameçon ou de la ligne.  Dans une légère dépression nous avons vu les perches blanchies qui avaient, au cours d’une saison précédente, servi à quelque famille montagnaise à ériger un campement pendant la période de la chasse à l’ours.  Plus loin vers le nord, au-delà de là hauteur des terres, comme l’appellent les gens de la Hudson’s Bay Company, nous imaginions les bandes de caribous au cou gris, qui formait la nourriture usuelle des Indiens de ce pays, à la chasse en hiver. 

 

Je ne sais pas comment d’autres se sentiraient au sommet de cette montagne, la vaste étendue du Labrador s’offrant à leur vue, mais pour moi, ce jour-là, j’entendis le chant de la sirène et je perçus de la part de toutes ces montagnes et de ces lacs innombrables, un grand sourire et un signe d’accueil chaleureux.  Les gens s’imaginent que cette sauvagerie ressemble à la mort mais il n’en n’est rien.  En hiver, le froid est certes intense, mais à l’été c’est une terre de toute beauté.  Malheureusement nous ne pouvions nous y attarder et délaissant la truite, nous entreprîmes la descente de la rivière jusqu’à Mingan.

 

Les gens de la Hudson’s Bay me disent qu’une famille montagnaise rapportera souvent en produit de chasse, plus de $1000.  Il arrive parfois que le caribou change de trajectoire vers d’autres pâturages et alors, la survie des chasseurs n’est plus assurée faisant surgir le spectre de la famine.  Mais généralement, les Indiens s’en tirent bien.  Ils viennent chaque printemps à la côte avec leurs canots.  À Mingan où il y a toujours un fort groupe en été, plusieurs y ont établi des résidences permanentes.  Une bonne vingtaine de ceux-ci sont propriétaires d’un joli petit voilier qu’ils ont payé cent dollars.  Ils échangent leurs fourrures pour ce dont ils ont besoin ou ce dont ils ont envie et nul ne vend de meilleurs articles que la Hudson’s Bay Compagny.    Durant l’été les Indiens se visitent mutuellement, remplissent leurs devoir religieux annuels -ils sont tous de bons catholiques- et construisent des canots pour le prochain voyage vers l’Intérieur.   L’écorce de bouleau est rare sur la Côte-Nord et depuis peu la Hudson’s Bay fournit une toile de bonne qualité pour couvrir les canots.  Il est très intéressant de voir l’habilité que les constructeurs déploient dans la confection des canots.  Nos canots de fabrication malécite faisaient pitié en comparaison. 

 

À notre arrivée l’élégant  yacht du missionnaire Jésuite était ancré dans le havre.  Cet homme dévoué et  brillant navigateur venait d’un point éloigné de la Côte et l’activité était grande chez les Indiens.  Sur la plage, on avait placé sur une petite plate-forme, un canot blanc  comme neige.  Le missionnaire sortit d’une des tentes vêtu de ses vêtements sacerdotaux  et devant les Indiens assemblés, leva les mains  et d’une voix sonore résonnant jusqu’à un demi-mille, il entonna les chants de bénédiction du canot, tout en aspergeant d’eau bénite l’objet de la bénédiction, le canot.  La solennité de la cérémonie fut quelque peu gâchée quand les Indiens, sortant leurs fusils décorés de rubans multicolores, se mirent à tirer des salves multiples comme conclusion de la cérémonie.

 

C’est aussi à Mingan que nous avons été témoins des vicissitudes que doivent affronter ces intrépides pionniers de l’Église.  C’était à peu près le temps de la visite pastorale du Père Bouchard, le berger  spirituel des pêcheurs de ce coin.  Tandis que nous étions dans le havre un homme apparut sur l’île rapprochée et cria pour de l’aide. Après l’avoir secouru, on s’aperçut qu’il s’agissait du Père Bouchard, tout mouillé et dans un état lamentable .   Dans son sommeil, l’homme qui l’accompagnait avait échoué son bateau près d’une des îles la nuit précédente.   Le bon Père qui n’avait rien à manger, attendit la mer haute pour tenter de sortir, mais l’attente fut vaine. Il attendit ensuite la mer basse et revint à pied vers l’île.  Il suivit la grève sur une distance de quatre milles jusqu’au côté faisant face au poste de Mingan.  C’est là que ses cris furent entendus et il fut soulagé de ne pas devoir vivre plus longtemps son rôle de Robinson Crusoé.   Nous l’invitâmes dans notre salle à manger où il dévora goulûment les plats qu’on lui présentait. Pendant son sommeil dans la cabine,  monsieur Maloney et son fils se rendirent au bateau échoué afin de le sortir de ce mauvais pas.  Ils ont réussi car le bateau et son malchanceux pilote nous ont dépassés en descendant la Côte, deux jours plus tard.  Pendant ce temps, le prêtre dormit, mangea et s’engagea dans des bousculades amicales avec le garçon.  Il tint même la roue de la goélette des heures durant.  Fort comme un pugiliste, joyeux comme un criquet, bon envers tous, le Père Bouchard constitue un bon exemple de la sagesse déployée par l’Église Catholique dans son choix des hommes pour ces tâches ardues.  Il insista pour que nous jetions l’ancre à son village de Magpie. Le dimanche après-midi, il fit harnacher ses chiens par les pêcheurs oisifs, afin de nous donner une démonstration de l’utilité des chiens de traîne en hiver qui sont les seuls moyens pour se déplacer d’un bout à l’autre de sa paroisse.  Les chiens se rendirent bien compte qu’il n’était pas normal de se faire atteler à un traîneau en plein mois d’août et ils se mirent à s’emmêler dans leurs harnais, à aller à hue et à dia et se battre comme des démons.  Nous les entendions encore hurler en mer en partant avec la marée.

 

L’on pourrait écrire à propos des magnifiques rivières à l’est de Mingan; la Romaine, la Grande Natshquan et beaucoup d’autres cours d’eau mais nous ne nous sommes pas rendus si loin.  Comme le vice-commissaire Taché nous avait dit à Québec : «Si vous prenez le temps de visiter toutes ces rivières, vous ne serez pas de retour à Québec cet été».  Nous avons donc vogué vers notre point de départ, poussés par un vent rugissant du nord-est qui nous arracha quelques voiles et nous poussa vers la Côte-Sud, dans le havre de Grand Métis.  À mer basse, notre goélette se retrouva sur le côté, l’eau de cale se déversant sur les couchettes de nos guides qui dormaient à l’avant.  Le garçon roula en-bas de son lit, les plats glissèrent de la table et des jurons en français nous percèrent les oreilles dans la noirceur.  Mais au matin, notre goélette flottait orgueilleusement au-dessus de la marée comme si rien n’était arrivé.  Ayant mis pied à terre, nous trouvâmes un homme qui plaça nos bagages sur une charrette à deux roues tirée par un cheval qui refusait d’obéir au commandement «Get Up» mais qui répondait volontiers à «Marche donc !».  Au bout de six milles nous arrivions à la gare de chemin de fer de Ste-Flavie sur le International Railway et deux jours plus tard nous étouffions de chaleur à cause d’une tardive vague de chaleur couvrant les États du nord-est comme une fournaise d’aciérie.  C’est alors que nous souhaitions avoir prolongé notre séjour à la frontière du Labrador.

 

Par : Frederic Irland (Scribner’s Magazine, 1897).

Traduit par Roger Baron, le 12 octobre 2009 à la demande de Bernard Landry.

 
 
 
       
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