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Hommage à Monsieur Baron

  Texte et recherche de Guy Côté
         
 

Toute société historique a besoin de bénévoles, de fait que seraient-elles sans ceux-ci ? Roger Baron savait cela et du début des années 80, jusqu’en 2010, la Société historique de la Côte-Nord a bénéficié de ses services, de son bénévolat, qui dans son cas allait plus loin que son implication au sein du CA de celle-ci. On a qu’à consulter l’énorme travail de traduction des journaux et autres papiers des Archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson, qu’il nous a laissé. C’est toute une somme de données, en lien avec notre région, et un apport précieux pour notre Centre d’archives agréé de la Société historique de la Côte-Nord à Baie-Comeau. C’est qu’il aimait bien traduire de ces textes anglais concernant notre coin de pays, qui sont bien nombreux, et encore trop peu traduit. Bernard Landry, un membre bien actif au sein de la Société historique de la Côte-Nord, comme pour son village natal de Natashquan, le savait bien. Nombre de fois Monsieur Baron l’a aidé, comme appelé pour des textes à traduire, des ouvrages méconnus à lui traduire, qu’on avait pu découvrir. Nous croyons que l’article imprimé, comme les photographies qui l’accompagne, à l’image de ce travail plus qu’appréciable de bénévoles sont autant d’horizons pour apprécier notre histoire, particulièrement lorsque nous pouvons les partager à plus de monde. Merci à tous ces membres dans l’ombre de notre société historique, qui depuis près de 65 ans contribue à son rayonnement, comme à l’éducation des nord-côtiers.

Voyez donc ici le dernier travail de traduction que Roger Baron a exécuté, à l’hiver 2010, pour la Revue d’histoire de la Côte-Nord, et que des donnés incomplètes nous avait empêché de faire paraître l’an dernier.

* : Roger Baron est né à Cap-de la Madeleine, en 1923. Il s’installe à Baie-Comeau, avec ses parents, en 1936, y grandit, puis après des études à l’extérieur, revient à l’emploi de la Quebec North Shore Paper, toujours à Baie-Comeau, à la mi-vingtaine. Il y occupe des emplois d’arpenteur-géomètre et d’ingénieur forestier. Quelques années plus tard il fonde son propre bureau d’arpenteur, entreprise dans laquelle il travaillera jusqu’au moment de sa retraite. Son travail comme bénévole, au sein de la Société historique de la Côte-Nord débute dans les années 1980. En 1986 il s’intègre au CA à titre d’administrateur, puis durant quelques années au poste de secrétaire, ce jusqu’en 1996. Il quitte la région pour Québec où il est décède le 8 juin 2010.

 
     
  Détails des annotations au texte :  
   

 

1 : Henri MENIER, le Roi du chocolat en France avait fait construire le Savoy, ce bateau-vapeur de 180 tonnes et de 125 pieds de long, dans les chantiers de Glasgow, en Écosse, spécifiquement pour sa propriété d’Anticosti. Il avait pour base le bassin Louise de Québec, face à des bureaux loués par les Menier pour leur compagnie de navigation qui deviendra l’Anticosti Shipping Co. Ce bateau opérera durant les années 1906 à 1926, avant d’être remplacé par un autre du nom de Fleurus. Pour en savoir plus consultez le livre de Donald MacKay : Le paradis retrouvé Anticosti, Éditions de La Presse, 1983 ou encore Lionel Lejeune : Époque des Menier à Anticosti 1895-1926, aux Éditions JML, 1987.

 

2 : Henri Menier et ses frères sont à la tête d’un empire industriel, bien connu pour son chocolat, mais touchant aussi le caoutchouc et le sucre. Depuis que son grand-père, Jean Antoine Brutus Menier, en 1825, a fait du chocolat un produit pharmaceutique, d’en diminuer de beaucoup le prix de vente, en investissant dans son développement, les Menier ont bien prospéré. Des usines, faubourgs industriels, dépôts, comptoirs de ventes et plantations ont été créés par eux, de part le monde, quand Henri Menier acquiert Anticosti en 1895. Voir le superbe livre de Gérard Messence et Bernard Logre: Chocolat Menier Évitez les contrefaçons!, édité en 2005 par E-T-A-I/Du May. Même s’il n’est pas disponible via les librairies québécoises, l’achat via internet en est aujourd’hui facilité, et il devrait trôner dans les bibliothèques de Baie-Comeau, de Sept-Iles ou d’ailleurs sur la Côte. D’ailleurs la bibliothèque de l’école Saint-Joseph de Port-Menier en possède un exemplaire dédicacé par ses auteurs…

 

3 : C’est lors d’un séjour à Anticosti, qu’ Henry Harrison Lewis, auteur américain, découvre matière à écrire cet article paru en 1905, dans la revue mensuelle World To-Day de Chicago. Il n’est pas le premier reporter à avoir foulé le sol anticostien, pour voir ce que les Menier ont fait de cette terre de désolation et de naufrageurs, comme le siècle précédent l’avait si souvent montré. Le tout premier américain à l’avoir décrit, était un journaliste du New York Herald, les tout derniers jours de juin 1896. Déjà connu pour ses romans d’aventures, H.H. Lewis voulu possiblement trouver matière à un futur roman, sinon à titre d’éditeur du The Popular Magazine, constater le développement moderne que connaissait l’île, en cet été 1903 où il y mit les pieds. Il aurait pu tout aussi bien publier son papier dans le très sérieux magazine Harper’s Weekly, pour lequel il collabora. Mes remerciements à Monsieur Peter GAGNÉ, archiviste au Musée de l’Amérique française, à Québec, pour m’avoir mis sur la piste de la source exacte de cet article, dont je n’avais que l’article original paginé, sans plus.

4 : Cette expression proviendrait d’un roman, titré The White Company, du créateur des célèbres personnages de détectives britanniques : Sherlock Holmes et son associé le Docteur Watson. Oui, ce livre de Conan Doyle, publié pour une première fois en 1891, a dû tomber sous les yeux de Henry Harrison Lewis, lui qui écrivit près d’une dizaine de roman d’aventures, entre 1901 et 1907, sur le continent américain, avant de se consacrer à quelques productions cinématographiques. Centerboard Jim or the Secret of the Sargasso Sea (1901); Sword an Pen or a Young War Correspondants Adventures (1902); The King of the Island or The Strange Fortunes of Ellis Kirk (1902), sont de ses premiers titres ayant paru. Ce dernier titre paru en 1902, pour l’avoir consulté, ne contient rien en rapport avec Anticosti.

 

5: À peu près la seule tache dans l’aventure anticostienne d’Henri Menier demeure cette éviction de pêcheurs terre-neuviens, depuis près de 25 ans établis à Fox Bay, dans la partie Est de l’Île. L’église méthodiste, comme la presse canadienne-anglaise s’en mêla, au point où le premier Ministre Laurier, à Ottawa, sinon le Foreign Office de Londres, dû aider Menier qui trouva mailles à partir avec tout ce monde. Tenant à ses droits de propriétaire, et des incompréhensions existant entre les 2 parties, il gagna tout de même sa cause en justice contre eux. Ils durent quitter l’Île à l’été 1901, amenés jusqu’en Alberta pour certains, peu d’eux migrant aux environs, sauf des familles STUBBERT, OSBORNE et ELLISON, qui s’installèrent à Kégaska, en Basse-Côte-Nord, ou à Havre-Saint-Pierre. Cette rare et exceptionnelle photographie de l’un de ceux-ci, doit être en lien avec cet homme, qui à l’été 1903, rencontra personnellement Henri MENIER, pour lui demander du travail. Georges MARTIN-ZÉDÉ, l’homme de confiance et administrateur d’Anticosti pour Menier, écrit sur cette demande, dans son agenda en date du 29 juillet 1903 : «(…) Repartis et mouillé à Baie Renard à 1h. Visite homarderie, donné ordres cesser fabrication. Embarqué 700 caisses environ. Vu Stubbert qui est venu à bord du Savoy demander du travail à M. Ménier ; pas de succès. (…) »
 

6 : Noisiel, et non Noisil, à quelques kilomètres au Nord de Paris, a été le siège de l’usine principale de la famille Menier, établi là depuis 1825, avec un pied à terre à Paris, comme plusieurs résidence de prestige, dans la même région de France, soit le département de Seine et Marne. Au tournant du 20ième siècle, c’est plus de 25 000 tonnes de chocolat par an que produisaient ceux-ci, avec différentes usines, à Noisiel, Londres et New-York. En plus de posséder des plantations de cacao au Nicaragua, comme des sucreries et dépots pour distribuer leurs célèbres chocolats. On voyait déjà la publicité de ceux-ci, à Montréal, en 1892, dans les dernières pages du journal Le Monde Illustré, indiquant leur disponibilité partout sur le continent américain. En 1914, au sommet de leur production, c’est entre 17 et 18 millions de kilos de chocolats qui étaient sorti de leurs usines. Depuis 1988, à la suite de différentes transactions, fusions commerciales, pour maintenir la marque, la marque Menier et ses recettes sont rachetés par la multinationale Nestlé. On voit encore de petites productions de ce fameux chocolat, par Nestlé, qui a restauré l’usine de Noisiel, pour en faire ses bureaux européens. Le gouvernement français en a aussi reconnu l’historique valeur en la désignant site patrimonial.

 

7. Ce lac, à l’origine portait le nom de lac Gamache, mais fut rebaptisé de Saint-Georges, en l’honneur de Georges Menier, neveu d’Henri et fils de Gaston, qui en découvrit l’existence en 1901, lors d’un premier séjour à Anticosti. Il apprécia bien cette attention de son oncle, ce qu’il fait remarque dans un récit de voyage dont le Musée d’Orsay, à Paris, possède copie. Ce lac Saint-Georges et son canal, encore existant, à l’intérieur même de ce qui allait devenir la seconde capital d’Anticosti, au temps des Menier, servit un temps pour contenir le bois de coupe, et son amené jusqu’à une usine le transformant. On parlait alors du Moulin des Écorceurs. Port-Menier est le seul village existant sur cette île aujourd’hui.

 

 8. Le canon trônant dans la place centrale, dit Le carré français, de ce que fut l’unique village de Baie-Sainte-Claire, est un vestige d’un des bateaux de la flotte de Walker. Il vit de ses membres faire naufrage sur les côtes anticostiennes, près d’English Bay, cet endroit qui se vit rebaptisé par Henri Menier, du nom de Baie-Sainte-Claire, près de 200 ans après cet hiver de 1711. Il serait aujourd’hui localisé à Baie-Comeau, où la Société historique de la Côte-Nord en a hérité. Les bâtiments qu’on remarque sur cette même photographie sont, sur la gauche la maison du Gouverneur ou Vice-Gouverneur, où l’administrateur de l’île et sa famille demeuraient, sur la droite figure l’école de l’endroit, qui servit aussi de chapelle jusqu’en 1906.

9. L’administration Menier avait-elle pensée à tout ? On peut le penser, quand on voit cette photographie d’une chapelle en plein air, pensée et/ou payée par eux pour leurs employés. C’est qu’il faut savoir qu’en cette période de construction continuelle, entre 1896 et 1914, chaque année voyait en moyenne, au moins 200 travailleurs saisonniers s’installer à l’île. Des camps de travailleurs, au gré de chantiers divers en lien avec le développement soutenu dans le domaine des routes, de quai, de villages, de fermes, d’industrie de la pêche ou du bois, à différents endroits. Il était tout aussi particulier d’y découvrir que les prêtres étaient des salariés des Menier, tout comme la dime était inexistante. Et que dire du docteur, des vaccins, des médicaments tout aussi gratuits. Une île sans pareil au Québec !  

10. Une des couleurs particulières de l’Anticosti de cette époque réside aussi dans l’origine et la qualité de ses administrateurs, en bonne partie européenne. Apparaissent ici, une partie de ceux-ci, avec au premier rang, en partant de la gauche, agenouillé, le Docteur Joseph Schmitt, aussi connu comme vétérinaire et naturaliste, qui établit un Musée dans un des locaux de l’hôpital de Baie-Sainte-Claire, puis la seconde épouse d’Alfred Malouin, Odile Ferland. Monsieur Malouin, gardien de phare anticostien, de la Pointe Ouest, allait devenir le 3ième « Gouverneur » de l’île à la mi-novembre de 1906. À l’arrière, toujours de gauche à droite, Georges Boulet, assistant du capitaine qui le suit : Jean-Baptiste Bélanger, capitaine du Savoy, sur lequel sont les gens de cette photographie. Suit sur sa gauche, Fernand Le Bailly, comptable, qui sera lié plus tard à la famille Comettant, enfin, un homme inconnu termine cette rangée, comme plusieurs qui le demeuront dans cette aventure unique de l’histoire d’Anticosti. Voyez les photographies et documents uniques du site internet www.comettant.com où figure certaines de ces personnes, sinon moult informations sur l’Anticoste des Menier, et surtout de son premier Gouverneur, Lucien-Oscar Comettant, qui transmis à ses descendants le goût de transmettre ce patrimoine irremplaçable.   

11. Jean-Marie Picard, fut Chef de culture d’Anticosti, de 1896 à 1905. Il avait auparavant accumulé maintes expériences internationales, comme travailleur agricole, notamment au Congo français, après de bonnes études en France, comme plusieurs travailleurs européens engagés par Menier. De fait, c’est le poste qui s’est vu occupé par le plus de nationalité, sous l’ère Menier, dans les 3 fermes d’Anticosti, à savoir des gens de France, du Québec, mais aussi de Suisse, pour donner aux Fermes Sainte-Claire, Saint-Georges et Rentilly, des productions et essais parfois particulières sous cette latitude. M. Picard et sa femme, Marie-Antoinette Rébillard, vécurent presque 10 ans à l’île, avec leurs 3 enfants, Espérance, Jeanne et Jean, tel que présenté ici, autour de leur père.

++ Icono de la petite fille écrivant : Évitez les contrefaçons ou de la page couverture du beau livre de Bernard LOGRE et Gérard MESSENCE, au titre de Chocolat Menier – Évitez les contrefaçons ?

 
 
 
       
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